France

Emmanuel Macron peut rêver d’un été sans nuages

Le président français sort renforcé des élections européennes et du processus compliqué de nominations qui a suivi à Bruxelles. Et sur le plan social, la page de la crise des «gilets jaunes» semble définitivement tournée

Aux Rencontres économiques d’Aix en Provence, Edouard Philippe avait, début juillet 2018, vanté «l’odyssée gouvernementale» et promis sa «ténacité» pour réformer la France. On connaît la suite: l’affaire Benalla qui éclate après les premières révélations du Monde le 18 juillet 2018, la crise des «gilets jaunes» qui explose à la mi-novembre, puis un long tunnel de contestations, marqué par une chute brutale de popularité pour le premier ministre et pour le président Emmanuel Macron. Au point que beaucoup d’observateurs s’inquiétaient, en début d’année, du risque de quinquennat «gâché»…

Changement radical d’ambiance sur le campus de l’université provençale, où les rencontres 2019 ont débuté vendredi sur le thème «Renouer la confiance». Les jugements sévères sur l’action d’Emmanuel Macron, depuis son élection en mai 2017? Presque oubliés, ou en tout cas atténués par trois faits majeurs: le sentiment de sortie de crise sociale après des mois de contestation des «gilets jaunes», le bon score du parti présidentiel La République en marche aux élections européennes (22,41% contre 23,3% pour le Rassemblement national) et le dénouement positif du processus complexe de nominations à Bruxelles, avec l’envoi prochain de la Française Christine Lagarde à Francfort, à la tête de la Banque centrale européenne (BCE).

Le retour d'un horizon politique

«Personne ne peut contester le fait que Macron a tenu bon. On revient à un climat plus propice à la confiance même si les fractures prendront du temps à se cicatriser», estime le principal animateur des rencontres, Jean-Hervé Lorenzi. A Aix, le patron du syndicat réformiste CFDT, Laurent Berger, a eu beau insister, de façon imagée, sur «l’érosion problématique des canalisations sociales françaises, et le risque de fuite», le soulagement est palpable. De quoi anticiper, peut-être, un été plus serein pour le locataire de l’Elysée. La popularité présidentielle traduit cette accalmie politique. Même si elle reste faible, à 30% d’opinions favorables selon les derniers sondages (entre 40 et 45% pour le président américain, Donald Trump, ces dernières semaines), la confiance dans la personnalité du plus jeune président de la Ve République semble sortie de l’ornière dans laquelle l’avait placée l’accumulation de difficultés.

Un autre élément change la donne: le retour d’un horizon politique. La chute de son collaborateur personnel Alexandre Benalla incarnait l’isolement fatal d’Emmanuel Macron. L’apparition sur les ronds-points des «gilets jaunes» témoignait de la coupure de son équipe, et de son parti, avec le pays réel, les classes moyennes et une bonne partie des retraités. Le risque de voir le populisme europhobe de gauche et de droite déferler dans les urnes démontrait l’ampleur du défi relevé par ce chef de l’Etat défenseur d’une «souveraineté européenne». Or ces trois écueils ont été – douloureusement – surmontés. La «transformation» de la France redevient possible. «L’idée générale est que Macron a compris le message que lui ont envoyé les Français estime, à Aix, le patron d’une grande entreprise publique. On pensait tous qu’il devait «mûrir» lorsqu’il a été élu. C’est un peu ce qui s’est passé.»

Une bonne image sur le plan international

L’autre bonne nouvelle, pour le président français, est la réussite de son pari politique. Certes, le Rassemblement national de Marine Le Pen demeure le premier parti de France. Certes, les écologistes ont réussi à mobiliser aux Européennes (13,5% des suffrages) et l’ancien ministre Nicolas Hulot – dont la démission le 28 août 2018 avait affaibli le gouvernement dans la tourmente Benalla – parle de plus en plus comme un opposant. Mais la capacité d’Emmanuel Macron à séduire l’électorat centriste, de gauche et de droite modérée, est confirmée. Le PS reste à l’agonie. Les Républicains (droite) risquent une nouvelle guerre fratricide.

S’y ajoute la bonne tenue de l’image présidentielle sur le plan international, à la veille du traditionnel défilé du 14 juillet. Macron «l’Européen», allié solide de l’Allemagne malgré la faiblesse politique actuelle d’Angela Merkel, a aussi profité de l’émotion mondiale autour de l’incendie de Notre-Dame survenu le 15 avril. Un avantage qu’il tentera de transformer lors du rendez-vous diplomatique qui conclura l’été: le sommet du G7 de Biarritz, du 24 au 26 août.

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