France

Emmanuel Macron révolutionne le centre

Le candidat à la présidentielle française publie ce jeudi «Révolution». Un livre avant tout destiné à justifier sa démarche de rassemblement décriée à droite comme à gauche. Et jalousée par François Bayrou

Pour publier le livre qui doit permettre aux Français de mieux le connaître, Emmanuel Macron a choisi un éditeur de best-seller. C’est aux Editions XO, connues pour avoir publié le grand roman de la vie de Gengis Khan ou les livres d’histoire de Max Gallo que l’ancien ministre de l’Economie s’est tourné, cultivant le plus grand secret sur l’ouvrage, en librairie ce jeudi. Son titre: «Révolution». Son contenu, dévoilé par «Le Point»? L’itinéraire familial, personnel et politique de celui qui «ne se résout pas à être enfermé dans des clivages d’un autre temps» et qui refuse «de voir caricaturée sa volonté de dépasser l’opposition entre la gauche et la droite» car cela «ne laisse aucune part à l’initiative, à la responsabilité, à l’inventivité personnelle».

Rester dans la lumière

Le calendrier a son importance. Ce livre, Emmanuel Macron –  énarque, littéraire assumé, ancien collaborateur du philosophe Paul Ricœur – travaillait dessus depuis début 2016. Mais en fin connaisseur des médias, le désormais candidat à la présidentielle hors parti a compris qu’il doit rester dans la lumière s’il ne veut pas être marginalisé. Résultat: une annonce de candidature à l’Elysée à la veille du premier tour de la primaire de la droite. Et un coup éditorial le jour du duel télévisé entre Alain Juppé et François Fillon, qui se retrouveront ce soir à partir de 21 heures sur le plateau de TF1 et France 2. Avec, comme mot d’ordre, les premières phrases de son livre: «J’ai décidé de ne payer aucun tribut à un système politique qui ne m’a jamais reconnu pour l’un des siens. J’ai décidé de défier les règles de la vie politique car je ne les ai jamais acceptées.»

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Pour ce candidat pour l’heure dépourvu de programme, benjamin des présidentiables à 38 ans, la clef réside plus que jamais dans la séduction personnelle qu’il exerce, et dans l’intérêt que suscite son parcours de surdoué atypique. «Révolution» raconte sa famille de médecins à Amiens (père neurologue, frère cardiologue, sœur néphrologue) et sa rencontre à 16 ans avec Brigitte Trogneux, sa professeure de français au lycée, plus âgée que lui d’une vingtaine d’années, devenue son épouse. «Nous étions deux inséparables, malgré les vents contraires», raconte l’ancien ministre dont la vie affective est l’objet de multiples rumeurs à Paris.

Un livre calibré pour les émissions people autant que pour les talk-shows politiques, au sein duquel voisinent des phrases un tantinet bateau telles que «J’étais porté par l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac» avec des constats politiques. Exemple: «La droite et la gauche n’ont pas actualisé leur système de pensée au contact du réel qui nous entoure […] Aujourd’hui, les grandes questions qui traversent notre époque sont le rapport au travail, profondément bouleversé par les questions environnementales et numériques, les nouvelles inégalités, le rapport au monde et à l’Europe, la protection d’une liberté individuelle et d’une société ouverte dans un monde de risques.»

L’inconnue Bayrou

La publication de «Révolution» confirme surtout que la bataille pour l’électorat du centre est engagée et qu’elle fera rage en vue de la présidentielle de mai 2017, une fois la primaire de la droite achevée. Car qu’il le veuille ou non, Emmanuel Macron vise, pour l’heure, un électorat assez semblable à celui rassemblé par un certain… François Bayrou en 2002 (6,8%), en 2007 (18,5%) puis en 2012 (9%). D’où l’énervement de ce dernier qui, à 65 ans et après trois candidatures, se tient prêt à l’offensive. Soutien d’Alain Juppé, le maire de Pau affirme maintenant qu’il entend «mûrir un projet» centré sur les réformes économiques «sans les inégalités que Fillon, comme Macron, va inévitablement creuser».

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Or si Bayrou se présente, le bassin d’élus susceptibles d’apporter leur parrainage à l’ancien ministre de l’Economie – il en faut 500 pour la présidentielle – va se rétrécir, tout comme son espace politique. «Macron et son mouvement En Marche! (90 000 volontaires) ratissent plus sur l’aile gauche du centre et chez les jeunes, analysait le politologue Pascal Perrineau à la veille de la primaire. Mais Bayrou, malgré la lassitude qu’il suscite, continue d’avoir un électorat des centristes de province, plus âgés, plus catholiques, moins tentés par le discours antisystème.» D’où ses missiles anti-Macron, qualifié d’ultralibéral, et de candidat banquier…

Dès que la primaire de la droite sera achevée, tout devrait donc s’accélérer. On parle du 29 novembre pour l’éventuelle annonce d’une candidature Bayrou si Juppé est battu. Tandis qu’une autre hypothèse est évoquée, démentie par l’intéressé: et si Emmanuel Macron acceptait, après la présidentielle, de travailler avec un chef de l’Etat… de droite?

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