France

Emmanuel Macron «seul responsable»… avec la presse

Le président de la République ne fera pas tomber de têtes dans l’affaire Benalla. Il préfère viser les parlementaires et surtout les médias.

On l’attendait face aux Français, il a préféré parler devant ses troupes, le gouvernement et les parlementaires de La République en marche réunis à huis clos mardi soir pour une réception de fin de session parlementaire. Les journalistes ont dû, pour suivre le discours, surveiller les comptes Twitter des députés et sénateurs présents.

Une hypothèse improbable

Emmanuel Macron, plongé dans le silence depuis le 18 juillet et le début de «l’affaire Benalla» du nom de son garde du corps mis en examen pour avoir violenté deux manifestants à Paris le 1er mai, a décidé de tout assumer: «Le seul responsable de cette affaire, c’est moi et moi seul […] On ne peut pas être chef par beau temps et vouloir s’y soustraire lorsque le temps est difficile», a-t-il déclaré en affirmant qu’il n’y aurait pas de «République des fusibles» et qu’il ne «donnerait pas de têtes». Il a ajouté, bravache: «S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher! Et ce responsable, il répond au peuple français et au peuple souverain, et à personne d’autre.»

Lire aussi: «Comment l’affaire Benalla a échappé à Emmanuel Macron»

Mais qui, «ils»? La justice? Le président de la République bénéficie constitutionnellement d’une immunité pendant la durée de son mandat. Les parlementaires? Les constitutionnalistes français sont divisés sur la question: certains pensent qu’en raison de la séparation des pouvoirs, le président ne peut se rendre devant les Commissions d’enquête. D’autres assurent le contraire. Le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, a exclu cette hypothèse qui n’est guère demandée que par Jean-Luc Mélenchon et les élus de la France insoumise. Cette hypothèse semble donc improbable… sauf si Emmanuel Macron en faisait lui-même la demande.

«Une presse qui ne recherche plus la vérité»

Bravache, utilisant un ton qui rappelle celui de l’ancien président Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron joue aussi les provocateurs: «Qu’ils viennent le chercher», ce responsable, dit-il, en critiquant tous ces contre-pouvoirs dont on a bien compris, depuis un an, qu’il ne les portait pas dans son cœur. Il pointe ainsi «certains qui voudraient faire sortir le pouvoir législatif de son lit». Sont notamment visés Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et la droite. Il cible surtout la presse. «Nous avons, dit Emmanuel Macron, une presse qui ne cherche plus la vérité […] Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire, qui a décidé qu’il n’y avait plus de présomption d’innocence dans la République et qu’il fallait fouler aux pieds un homme et avec lui toute la République.»

Or, sans les révélations du Monde le 18 juillet, il n’y aurait pas eu d’affaire Benalla. Et ces révélations sur l’identité de l’homme qui frappe deux manifestants le 1er mai ont été confirmées par les auditions des commissions d’enquête… et par le chef de l’Etat lui-même, qui parle à propos du comportement d’Alexandre Benalla de «déception» et même de «trahison». Mais s’il y a eu «trahison», pourquoi s’être contenté d’infliger à ce conseiller, apprécié mais connu pour sa propension à faire le coup de poing, une suspension de quinze jours, (normalement rémunérée, a-t-on appris mercredi), avant de le réintégrer dans ses fonctions comme si de rien n’était?

Le prétexte des «fake news»

Provocateur encore, Emmanuel Macron est allé jusqu’à démentir deux «fake news» auxquelles aucun média sérieux n’avait donné d’écho: Alexandre Benalla, dit-il, «n’a jamais détenu les codes nucléaires» et «il n’était pas mon amant». La première assertion émanait du site parodique belge Nordpresse.be. La seconde, d’un faux article du Monde relayé par des internautes peu regardants.

Publicité