Elysée

Emmanuel Macron, la télévision sans questions

Après l’entretien diffusé dimanche soir par France 2 – une balade de santé sans aucune question génante –, le président français sera sous le feu des caméras lors de sa visite au Niger les 22 et 23 décembre. Avant de prononcer, le 31 décembre, ses premiers vœux en direct de l’Elysée.

Rien de tel qu’un entretien télévisuel complaisant pour occuper, en fin d’année, le devant de la scène médiatique. Soucieux de bien occuper l’espace et de faire savoir aux Français que le pays est entre de bonnes mains, Emmanuel Macron n’a pas eu trop de mal à répondre aux questions de Laurent Delahousse, le présentateur de France 2, venu l’interviewer à l’Elysée au lendemain du sommet «One Planet» sur le climat.

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Aucune question sur les hypothèques financières que font peser, pour 2018, les allégements fiscaux concédés dans le prochain budget. Aucune interrogation sur les nouvelles directives visant à expulser davantage de migrants dont les dossiers d’asiles ont été rejetés. Rien, sur les accusations de «président des riches» souvent prononcées à son encontre.

Une balade de santé télévisuelle

Le chef de l’Etat Français s’est vu offrir une balade de santé télévisuelle par France 2, visiblement soucieuse de s’attirer ses bonnes grâces avant les réformes attendues du service public de la radio et de la télévision. «Le service public a gardé des structures du monde ancien qui ne correspondent plus à la manière des jeunes générations de visionner des programmes sur leur téléphone» a expliqué Emmanuel Macron, connu pour sa volonté de réformer le secteur et la distribution de la redevance, écho lointain à l’initiative «No Billag» qui secoue la Suisse.

Sur le fond, cette conversation entre le journaliste et le président, tous deux debout déambulant dans les bureaux du palais de l’Elysée, n’a rien appris de neuf. Emmanuel Macron a donc pu, à loisir, répéter sa volonté de répondre à la «crise de l’efficacité» qui, selon lui, pollue les relations entre l’opinion publique et la classe politique. Solennel, le président élu en mai 2017 ne s’est ensuite pas privé d’un plaidoyer pro domo bien senti, rappelant l’audace de la France qui a «stupéfait le monde» en élisant un président de 39 ans dont «le leadership provient de son peuple».

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La «part solitaire» du pouvoir

«J’assume mon héroïsme politique» s’est même permis l’intéressé, confirmant qu’il dort peu, travaille beaucoup, et que son objectif est de «faire de l’Hexagone le leader mondial des révolutions numériques, écologiques et financières». Fermez le ban: l’époque des commentaires à tout va de François Hollande est bel et bien révolue. Place à un successeur qui, sans reprendre à son compte le surnom de «Jupiter» dont il est affublé, aime rappeler aux téléspectateurs qu’il y a «une part solitaire, secrète, dans l’exercice du pouvoir».

Largement consacré à la riposte diplomatique anti-Trump sur la lutte contre le réchauffement climatique, cet entretien confirme surtout la maîtrise totale de la communication présidentielle en cette fin 2017. Après la minipolémique de ces jours-ci sur la décision d’Emmanuel Macron d’inviter familles et amis dans un gîte voisin du Château de Chambord pour fêter ses 40 ans (il les aura le 21 décembre), tout semble en place pour un festival médiatique de fin d’année.

Une belle couverture télévisuelle à venir

Le président français se rendra en effet au Niger les 22 et 23 décembre, avec l’assurance d’une belle couverture télévisuelle pour vanter de nouveau l’action militaire française au Sahel, après sa récente visite en Afrique. Il pourra ensuite préparer ses premiers vœux présidentiels du 31 décembre, avant un début d’année qui pourrait, dit-on, réserver des surprises. Un déplacement en Irak, où «la guerre contre Daech est terminée» a-t-il répété, faisant écho au premier ministre irakien, pourrait se retrouver à l’agenda. «A la fin février, nous devrions aussi avoir gagné en Syrie» a d’ailleurs poursuivi le président français, réitérant qu’il est désormais nécessaire de négocier avec le gouvernement de Bachar el-Assad soutenu par la Russie et l’Iran.

Et s’il concluait cette séquence par une participation surprise, du 23 au 26 janvier, au Forum économique mondial de Davos auquel il avait déjà assisté en 2016? «Ce n’est pas au programme» répond-on à l’Elysée. Mais en début de semaine, lors du sommet «One Planet» sur le climat, le milliardaire américain et ancien maire de New York Michael Bloomberg aurait, devant des proches, évoqué une possible apparition dans les Grisons de son nouvel «ami Emmanuel»…

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