France

Emmanuel Macron, les trois défis de la victoire

Le président français pourra compter sur une majorité absolue de députés sans même inclure ses alliés centristes du Modem. Mais ce triomphe politique n’a pas levé tous les obstacles

Impossible, désormais, de rater le début du quinquennat qui s’ouvrira véritablement le 27 juin, avec la rentrée de l’Assemblée nationale, suivie par un vote de confiance au gouvernement dirigé par Edouard Philippe le 4 juillet. Pour Emmanuel Macron, la très nette victoire obtenue dans les urnes dimanche est une sorte de mandat impératif. Le plus jeune président de l’histoire de la République française dispose désormais de tous les leviers du pouvoir, même si l’ombre de l’abstention record (57%) en dit long sur les fractures politiques de l’Hexagone. Comment procéder avec cette Assemblée plus jeune et plus féminine, où l’opposition la plus virulente devrait venir de l’extrême gauche et de l’extrême droite? Quelles priorités et quelles réformes? Trois principaux défis sont maintenant à l’agenda de l’Elysée.

  • Premier défi: Organiser le partenariat Exécutif-Législatif

Une affaire a empoisonné les premières semaines de la présidence Macron: celle qui a été engendrée par les soupçons autour des arrangements immobiliers familiaux du ministre de la Cohésion des territoires, Richard Ferrand, réélu ce dimanche en Bretagne. Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe (qui va présenter sa démission, puis être reconduit) pourraient donc décider de confier les rênes du groupe parlementaire LREM à cet élu venu du PS, chef d’état-major de la campagne présidentielle victorieuse. Il faudra aussi choisir une candidate pour le «perchoir», la présidence de l’Assemblée, où l’Elysée aimerait voir une femme. Une date ne doit pas être oubliée: celle du 24 septembre, avec le renouvellement partiel du Sénat, même si le mode de scrutin (seuls les élus votent) favorisera cette fois les partis traditionnels. Malgré sa confortable majorité absolue de 308 sièges sur 577 (plus les 42 du Modem), l’exécutif va sans doute poursuivre sa politique de débauchage d’élus à droite, pour affaiblir Les Républicains. Un groupe de députés conservateurs «Macron compatibles» pourrait voir le jour.

  • Second défi: Tirer le meilleur parti du renouvellement

L’Assemblée nationale élue dimanche est plus jeune (moyenne d’âge: 48 ans), plus féminine (224 députées) et plus représentative de la France réelle. Les «professionnels de la politique», anciens attachés parlementaires, hauts fonctionnaires ou élus carriéristes, ne tiendront plus le haut du pavé. Attention toutefois au syndrome «classe aisée»: 92 députés sont des cadres du secteur privé tandis qu’aucun ouvrier n’a été élu. Agriculteurs et artisans sont en outre presque aux abonnés absents.

Problème: cette nouvelle majorité devra apprendre à travailler ensemble, à tenir une discipline de vote, et à acquérir d’indispensables compétences parlementaires. Un premier séminaire de formation pour élus LREM est d’ailleurs organisé dès le week-end prochain. Il faudra aussi beaucoup de dextérité à Emmanuel Macron pour éviter deux écueils: l’apparition de fractures au sein de La République en marche! – qui tiendra son congrès en juillet – entre vrais néophytes et vétérans des couloirs du pouvoir (comme l’élu parisien Benjamin Griveaux ou le nouveau député du Rhône et entrepreneur Bruno Bonnell) et l’installation d’une guérilla parlementaire où les ténors des formations radicales, comme Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, élu à Marseille) ou Marine Le Pen (Front national, élue dans le Pas-de-Calais), feront tout pour faire dérailler le train macronien.

  • Troisième défi: Ne pas rater ses premières réformes

L’agenda macronien est clair: son premier chantier sera celui du Code du travail et des réformes sociales. Une série de concertations avec les syndicats est programmée pour juillet-août, et les premières ordonnances (dès qu’il aura obtenu la confiance de la nouvelle Assemblée, le gouvernement d’Edouard Philippe préparera le projet de loi d’habilitation pour limiter les débats parlementaires) sont attendues en septembre. Un coup de gong a déjà été donné par Jean-Luc Mélenchon, qui a, dès dimanche soir, promis une rude bataille. La CGT a aussi prévenu qu’elle se «tient prête» à mobiliser.

Les deux autres chantiers sur lesquels Emmanuel Macron veut avancer vite sont la moralisation de la vie politique – sur laquelle un projet de loi vient d’être présenté au Conseil des ministres par le garde des Sceaux François Bayrou – et une initiative forte pour rapprocher l’école du monde de l’entreprise. Le chef de l’Etat français discutera d’ailleurs sans doute de l’apprentissage avec la conseillère fédérale Doris Leuthard, qu’il devrait recevoir à l’Elysée le 3 juillet.

Dernière priorité, très discutée sur le terrain durant la campagne: la fiscalité. Le président veut progressivement ramener l’impôt sur les sociétés de 33% aujourd’hui à la moyenne européenne de 25%. Il a promis de supprimer, pour 80% des ménages, la taxe d’habitation et envisage une baisse des cotisations sociales sur les salaires, compensée par une hausse de la CSG, qui touche tous les revenus.


Un séisme qui fait d’illustres perdants

La République en marche! sera bien le parti dominant de la nouvelle Assemblée nationale française lors de sa rentrée le mardi 27 juin. Ses députés seront 308, soit la majorité absolue des 577 sièges en lice. Le Modem du ministre de la Justice François Bayrou, son allié, comptera 42 sièges.

L’opposition affichera de son côté un visage composite. Elle inclura une majorité des 130 députés de droite Les Républicains et UDI, les huit députés du Front national, ainsi que les 27 députés du pôle de gauche radicale constitué par La France insoumise (17) et le Parti communiste (10). Majoritaire sous le précédent quinquennat, le Parti socialiste est, lui, réduit à la portion congrue avec 30 députés.

Coté personnalités, le PS compte de nombreux perdants, tels les anciens ministres Najat Vallaud-Belkacem, Marisol Touraine et Myriam El Khomri. A droite, la perdante la plus emblématique est Nathalie Kosciusko-Morizet. (R. W.)

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