France

Emmanuel Macron, une nette victoire et des questions

Le parti du président français remporterait une très nette majorité absolue à l'assemblée nationale. Mais il y aura bien une opposition

Emmanuel Macron a bel et bien réussi à transformer la France. Avec 341 députés hors circonscriptions de l'étranger, La République en Marche disposera très largement de la majorité absolue fixée à 289 sièges sur 577. Le président français dispose maintenant de tous les leviers du pouvoir. Mais l'opposition existera avec une droite forte de 135 sièges, et un pôle de gauche d'une soixantaine de sièges, grâce à la percée de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Lequel obtient avec le Parti communiste 27 députés et parvient à se faire élire à Marseille. Symbole: le réalisateur et porte-parole de la gauche radicale François Ruffin est élu à Amiens, la ville du chef de l'Etat. 

Ce score n'est pas le plébiscite annoncé pour Emmanuel Macron. Mais il confirme le bouleversement complet de la vie politique hexagonale. La plupart des nouveaux députés de la République en Marche n'ont jamais été élus. Le parti présidentiel a une majorité pour agir. Le Parti socialiste, majoritaire sous le quinquennat précédent, est plus que jamais à terre, ramené à moins de cinquante députés et confronté à l'émergence d'un pôle radical, d'autant plus que de nombreux élus PS sont Macron compatibles et ont fait campagne pour la majorité présidentielle. Symboles là aussi: l'annonce immédiate de la démission du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, et la position trés délicate de l'ancien premier ministre Manuel Valls, qui serait en passe d'être battu dans sa ville d'Evry.

Lire: notre suivi en direct de la soirée électorale

Les deux questions cruciales de cette soirée sont l'énorme taux d'abstention de 56,83%. Plus d'un Français n'est pas allé voter. C'est un record inquiétant sous la Vème République. L'autre nouvelle décisive est le score du Front national qui n'a pas réussi à transformer les 10,6 millions de voix de Marine Le Pen à la présidentielle en un grand nombre de sièges. Le FN obtient néanmoins huit députés selon et la présidente du parti d'extrême droite enregistre un succès personnel avec son élection et celle de ses proches dans le bassin minier nordiste. Son compagnon Louis Aliot est élu à Perpignan, mais le vice-président du FN Florian Philippot est, lui, sorti battu à Forbach, sa circonscription de la Moselle. Le député frontiste sortant Gilbert Collard parvient, à l'arraché, à conserver sa circonscription contre la torera Marie Sara, que Le Temps avait rencontré vendredi. Emmanuel Macron a donc repoussé l'extrême droite aux marges de la vie politique hexagonale, tout comme il avait résisté aux assauts de Marine Le Pen lors de leur débat télévisé de l'entre-deux tours. 

Du coté du pouvoir, un seul mot d'ordre: «une victoire qui oblige». Le premier ministre Edouard Philippe, qui devrait dès lundi présenter sa démission pour être reconduit dans ses fonctions, a une marge de manoeuvre pour recomposer son équipe ministérielle. La plupart des ministres qui se présentaient devant les électeurs ont été, à 21 heures, élus ou réélus, à commencer par le controversé ministre de la cohésion des territoires (ex PS) Richard Ferrand et celui de l'économie (ex Les Républicains) Bruno Le Maire. Dans la circonscription Suisse-Liechtenstein des Français de l'étranger, le candidat LREM Joachim-Son Forget semblait à 21 heures bien placé pour l'emporter. Point clef: la République en marche disposera de la majorité absolue sans son allié du Modem, le parti centriste du ministre de la justice François Bayrou. Et petit détail révélateur des nuances de cette journée: le maire de droite du Touquet, la ville où vote le président français, l'a emporté contre le candidat de la République en marche dont la suppléante n'était autre... que l'une des filles de son épouse Brigitte Macron.

Dossier La France en campagne

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