France

Emmanuel Macron, une popularité naufragée

Le président français doit impérativement concrétiser ses annonces aux «gilets jaunes» alors que le mouvement s’étiole. Du côté des sondages, sa chute se poursuit

Le Premier ministre français Edouard Philippe a concédé dans un entretien paru lundi dans Les Echos que l'exécutif n'avait «pas assez écouté les Français» et «fait des erreurs» dans la gestion de la crise des «gilets jaunes». Il a aussi annoncé la tenue d'un débat sur le référendum d'initiative citoyenne.

La faible affluence des «gilets jaunes» samedi, pour l’acte V de leur mobilisation à travers la France – moins de 70 000 manifestants selon le Ministère de l’intérieur – n’a pas de quoi ravir Emmanuel Macron. D’abord, parce que des violences ont encore secoué plusieurs grandes villes de province telles Nantes, Bordeaux, Toulouse ou Lyon. Ensuite, parce que, sur le front politique, ses annonces sociales du lundi 10 décembre n’ont pas empêché sa popularité de poursuivre son naufrage. Avec 23% d’opinions favorables, selon un sondage IFOP du Journal du dimanche, le chef de l’Etat est au plus bas depuis le début de son quinquennat, comme cela avait été le cas pour François Hollande.

La même enquête affirme par ailleurs qu’en cas de nouveau scrutin présidentiel, Marine Le Pen se retrouverait au premier tour nettement en tête, avec 27% des suffrages contre 25% pour l’actuel locataire de l’Elysée. Le 23 avril 2017, Emmanuel Macron l’avait emporté avec 24,01% des voix contre 21,3% pour Marine Le Pen. Le sondage du JDD confirme toutefois qu'au second tour, en cas de face à face contre la Présidente du rassemblement national, Emmanuel Macron l'emporterait à nouveau.

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Un rassemblement urgent

L’élément le plus clair de ce sondage est que les «satisfaits» du quinquennat ne constituent plus un socle suffisant pour envisager un nouveau départ, sans un effort important de rassemblement. Seulement 4% des Français interrogés se disent «très satisfaits» de l’action présidentielle, tandis que 19% la jugent «positive». Une adhésion en chute libre confirmée par l’absence, depuis un mois et demi de protestations, de rassemblements de soutien à la politique d’Emmanuel Macron. Les «très mécontents» représentent en revanche 45% des sondés, preuve que les annonces présidentielles n’ont pas encore produit d’effets. D’autant que l’engagement le plus symbolique pris le 10 décembre, à savoir l’augmentation immédiate du salaire minimum de 100 euros par mois peine à se traduire dans les faits.

La complication la plus importante tient au flou de l’annonce faite par Emmanuel Macron. Celui-ci a promis que «le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur». Ce qui, en clair, signifie que l’argent ne viendra pas des entreprises, mais de l’Etat, à travers la baisse des cotisations salariales pour environ 20 euros par mois, et une prime d’activité pour 80 euros. Or lors des débats à l’Assemblée nationale la semaine dernière, ce calcul s’est avéré plus compliqué que prévu. Au point que son président, Richard Ferrand, pilier de la majorité, a dû promettre «qu’il n’y aurait pas de carabistouilles»…

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Le spectre du labyrinthe administratif

La seconde difficulté vient des autres mesures promises dans le cadre de «l’état d’urgence économique et social» que le président a décrété en direct à la télévision. La défiscalisation des heures supplémentaires, qui existait sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, impose de modifier la loi de finances, de même que la suppression de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités qui perçoivent moins de 2000 euros mensuels. Or pour cette dernière, le problème de l’égalité des Français devant l’impôt se pose, avec possible recours devant le Conseil constitutionnel.

Emmanuel Macron avait déjà suscité beaucoup de déception en promettant de supprimer la taxe d’habitation (perçue par les communes) alors qu’elle a été maintenue pour de nombreux ménages. Si ses dernières promesses s’engluent en fin d’année dans le labyrinthe administratif, le début de 2019 promet, de nouveau, d’être explosif.

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