Candidature

Emmanuel Macron, la voie étroite pour l’Elysée

L’ancien ministre français de l’économie a annoncé sa candidature présidentielle ce mercredi matin. Un pari qui devrait chambouler la donne, à gauche comme à droite

Peut-il jouer le rôle de grand rénovateur de la politique française? Ou va-t-il se retrouver isolé, marginalisé par les formations politiques traditionnelles et le «vote utile» lors des élections présidentielles d’avril-mai 2017 pour laquelle il devra obtenir les 500 parrainages d’élus indispensables?

En annonçant ce mercredi matin sa candidature à l’Elysée, sept mois après avoir créé son mouvement En Marche et trois mois après avoir quitté le gouvernement, le 30 août, Emmanuel Macron est assuré de devenir l’un des principaux pôles d’attraction politique, dans un Hexagone où l’écrasante majorité des sondages fait ressortir le fait que la présidente du Front national Marine Le Pen sera présente au second tour.

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Un triple pari

Pour l’ancien ministre français de l’économie de 38 ans, proeuropéen convaincu, le pari est triple. Il doit à la fois exister dans un paysage politique français dominé par les partis traditionnels, démontrer qu’il est bien un candidat différent alors qu’il est un pur produit du «système» (énarque, inspecteur des finances, haut fonctionnaire…), et transformer sa notoriété médiatique en capacité à rassembler sur le terrain, et à séduire les électeurs.

Un pari dont les prochains jours vont très vite dessiner les contours, puisque le premier tour de la primaire de la droite se tient ce dimanche, et que les réactions à gauche ont déjà commencé à fuser. Sauf énorme surprise, Emmanuel Macron se tiendra en effet à l’écart de la primaire que le Parti socialiste compte organiser en janvier, et à laquelle le président François Hollande pourrait participer s’il se représente. Les sondages, jusque-là, lui accordent entre 15 et 18% des voix au premier tour de la présidentielle.

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La jeunesse comme argument, entre autres

Ses meilleures armes, à ce stade, sont sa jeunesse, sa volonté affichée de rupture avec les partis, son discours centriste tout en revendiquant des racines à gauche et sa compréhension du monde actuel, en particulier celui de l’économie numérique. S’il devait être élu, le candidat originaire d’Amiens, en Picardie, fils de parents médecins, et dont l’épouse Brigitte – plus âgée que lui d’une vingtaine d’années – fut son ancienne professeur de français au lycée, deviendrait le plus jeune président de la République française de l’histoire après Valéry Giscard d'Estaing, élu en 1974 à 48 ans après une longue carrière ministérielle.

Autre atout important, qui lui vaut aussi beaucoup de diatribes à gauche: son expérience de l’économie réelle lors de son passage au sein de la banque Rothschild, entre 2008 et 2011, pour laquelle il négocia le rachat par Nestlé de la branche nutrition de Pfizer. Grâce à ses connexions bancaires et à l’entregent de plusieurs de ses parrains dans le monde des affaires – il vient de recruter Bernard Mourad, l’un des bras droits du magnat des télécommunications basé en Suisse Patrick Drahi – Emmanuel Macron dispose de solides soutiens financiers, de nature à compenser son manque d’appareil, même si son mouvement «En Marche» revendique aujourd’hui environ 90 000 volontaires.

… Et de nombreux points faibles

Ses points faibles, à l’inverse, sont nombreux. A commencer par son inexpérience politique et le fait qu’il n’a jamais été élu, dans un pays où la présidentielle sera suivie en juin par des législatives. Autre handicap: celui d’avoir «trahi» François Hollande. Celui-ci le fit entrer en politique en l’embauchant en 2012 comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis en acceptant de le nommer, sur les conseils du premier ministre Manuel Valls, à la tête du ministère de l’économie en remplacement d’Arnaud Montebourg, candidat aux primaires de la gauche.

Jean-Christophe Cambadélis: «C’est très embêtant»

Troisième obstacle, plus important peut-être: son positionnement centriste qui, selon toutes les enquêtes d’opinion, séduit plus les électeurs de droite que ceux de la gauche, le cantonnant dans le rôle d’un nouveau François Bayrou (18,5% en 2007). Or la droite devrait unir ses rangs après la désignation de son candidat à l’issue de la primaire. La décision d’Emmanuel Macron de se lancer dans la course à l’Elysée à la veille du premier tour de cette primaire, et alors que François Hollande n’a toujours pas pris sa décision de se représenter ou non – il le fera début décembre –, relève donc de la volonté de brouiller les cartes.

Le patron du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a d’ailleurs reconnu mercredi matin que c’était «très embêtant». La gauche traditionnelle va dès lors s’employer à le présenter comme «le candidat des banques» et de la division fatale. Même si elle devra simultanément expliquer pourquoi le président de la République sortant lui a fait confiance si longtemps.


Peut-il changer la France?

Emmanuel Macron peut-il changer la France? C’est, pour l’heure, beaucoup trop lui demander. Ce mercredi, dans un centre pour apprentis de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, au cœur de cette banlieue parisienne si problématique pour cause de chômage de masse, de confrontations entre les communautés, de trafic de drogue et de montée de l’islam radical, Emmanuel Macron va surtout répéter ses trois angles d’attaque électoraux: la confiance dans la jeunesse, le goût de l’apprentissage professionnel à la manière de la Suisse, la volonté de redonner de l’oxygène à l’économie en facilitant la vie des entrepreneurs, et la réhabilitation du travail et de l’argent justement gagné. Il se rendra jeudi à Marseille, avec la même volonté et, semble-t-il, l’intention de s’y implanter électoralement, loin de son fief picard.

La démarche est claire: tout faire pour gommer, d’emblée, l’image de candidat des classes supérieures et d’une nouvelle économie déconnectée des quartiers. Se confronter sans tarder au Front national, lui qui se rêve en candidat de la France d’avenir face au pays rétrograde de Marine Le Pen. Il veut aussi tout faire aussi pour s’éloigner de Paris et de son microcosme qu’il connaît par cœur, et où les coups bas vont assurément pleuvoir dans les mois à venir.

En démontrant qu’il a le goût des électeurs et du terrain, y compris dans les zones sensibles, l’ancien banquier toujours habillé chic, et au vocabulaire soigné, veut illustrer et crédibiliser cette rupture, indispensable s’il veut occuper l’espace. Pour exister, et démontrer, comme il l’a écrit avec audace après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, qu’en politique, «rien n’est jamais écrit d’avance…».


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