Editorial

Emplâtre humanitaire pour les Rohingyas

Malgré la générosité des donateurs ce lundi à Genève, les Rohingyas continuent d’être victimes d’une «épuration ethnique». Et on ne se bouscule pas pour réclamer des comptes à la Birmanie

Faute de pouvoir enrayer l’exode des Rohingyas, la communauté internationale met la main au porte-monnaie. Près de 344 millions de dollars de promesses de dons ont été annoncés ce lundi par l’ONU pour cette minorité musulmane victime de l’«épuration ethnique» menée par les militaires birmans. La qualification émane également de l’ONU. Pour autant, ce forfait, qui a tout du crime contre l’Humanité, ne fait l’objet que de rares condamnations et d’aucune mesure de rétorsion.

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Sursaut de générosité pas suffisant

A New York, le Conseil de sécurité est une nouvelle fois paralysé. La Birmanie est couverte par son allié chinois, qui ne voit pas d’un mauvais œil le nettoyage d’une région où Pékin réalise d’importants investissements. La Première ministre Aung San Suu Kyi, incarnation de l’ouverture démocratique birmane, a beau proposer un retour des réfugiés rohingyas, personne n’est dupe. Sur le terrain, les parias continuent d’être chassés de chez eux.

Des centaines de milliers d’entre eux s’entassent déjà dans des camps au Bangladesh. La situation humanitaire est catastrophique. Elle justifie amplement la mobilisation de la générosité internationale. Mais, comme en Syrie ou au Yémen, ce sursaut ne saurait masquer une immense faillite.

Brimés depuis bien longtemps

L’ostracisation des Rohingyas remonte à la colonisation britannique. L’ONU les considère de longue date comme la minorité la plus persécutée au monde. Ils sont privés de nationalité, sans accès à l’éducation et à la santé et la cible d’exactions récurrentes de la part de l’armée birmane et d’ultra-nationalistes boudhistes.

Ces violences ont radicalisé une partie de la jeunesse rohingyas, gonflant les rangs de la rébellion. Tous les voyants sont au rouge. Il ne manquait que le prétexte pour déclencher l’expulsion de masse.

Terreau fertile pour la radicalisation

La communauté internationale a refusé de voir, car elle s’est bercée d’illusion sur la transition birmane. Certes, on ne voit pas tous les jours une Prix Nobel de la Paix accéder à la tête d’un gouvernement. Mais c’était oublier qu’Aung San Suu Kyi est encore loin d’avoir réussi à arracher les leviers du pouvoir réel des mains des militaires. L’ouverture de la Birmanie a aussi été vue comme une opportunité économique, qu’il ne fallait pas gâcher pour le sort d’une minorité abandonnée de tous.

Même si la dame de Rangoon n’a pas dit son dernier mot, la transition birmane est en péril. Autre danger, la tragédie des Rohingyas offre un nouveau terreau au djihadisme international.

Enfin, le monde se retrouve avec une nouvelle crise des réfugiés sur les bras, avec en première ligne le Bangladesh, un pays déjà surpeuplé et exposé au réchauffement climatique. Si la situation s’enlise, comme chacun le redoute, il faudra convoquer d’autres conférences des donateurs. Les mauvais calculs risquent de se payer très cher.

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