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Thersa May à Londres, lundi 12 mars 2018.
© Mark Cuthbert/UK Press via Getty Images

Tensions

Empoisonnement de Sergueï Skripal: Londres accuse la Russie

Theresa May a estimé «hautement probable» que la Russie soit derrière la tentative d’assassinat de l’ex-agent Sergueï Skripal le 4 mars dernier. Elle donne jusqu’à ce mardi à la Russie pour répondre et menace de mesures de rétorsion

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a déclaré que Washington faisait «toute confiance à l'enquête britannique selon laquelle la Russie est probablement responsable de l'attaque avec un agent innervant qui s'est déroulée à Salisbury la semaine dernière». «Nous sommes d'accord sur le fait que les responsables - à la fois ceux qui ont commis le crime et ceux qui l'ont ordonné - doivent en subir les sérieuses conséquences appropriées», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l'éventualité d'une réaction de la part des membres de l'Otan après l'attaque d'un des leurs, le chef de la diplomatie américaine a affirmé: «Cela va à coup sûr entraîner une réaction». Le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg avait auparavant jugé l'empoisonnement «très préoccupant pour l'Otan», soulignant que le Royaume-Uni était un «allié très précieux».

La tentative d’assassinat contre l’ex-agent russe Sergueï Skripal tourne à la crise diplomatique entre Londres et Moscou. Dans une déclaration solennelle devant la Chambre des communes, Theresa May a jugé «hautement probable» que la Russie soit derrière l’empoisonnement à l’agent innervant le 4 mars du transfuge russe et de sa fille, qui sont toujours dans un état critique. La première ministre britannique donne jusqu’à ce mardi soir au gouvernement russe pour s’expliquer. Sinon, elle promet d’imposer «une large palette de mesures» de rétorsion, sans donner plus de détails pour l’instant.

A ce sujet: Un espion double russe retrouvé empoisonné en Grande-Bretagne

Un «agent innervant» russe

Theresa May a réalisé un compte rendu presque policier de la situation. Elle a expliqué que le poison utilisé était «un agent innervant de niveau militaire d’un type développé par la Russie», faisant ­partie d’un groupe surnommé «Novichok». «Basé sur cette identification par les experts mondiaux du laboratoire des sciences et technologies de la défense, à Porton Down (un laboratoire militaire), et sachant que la Russie a précédemment produit cet agent et est encore capable d’en produire, étant donné que la Russie a conduit des assassinats approuvés par l’Etat, et étant donné que nous estimons que la Russie considère certains transfuges comme des objectifs légitimes pour des assassinats, le gouvernement a conclu qu’il était hautement probable que la Russie était responsable des actes contre Sergueï et Yulia Skripal.»

La première ministre britannique en tire deux explications possibles: «Soit c’était un acte direct de l’Etat russe contre notre pays. Soit le gouvernement russe a perdu le contrôle de cet agent innervant aux conséquences potentiellement catastrophiques et l’a laissé tomber dans d’autres mains.»

Haussement d’épaules à Moscou

Le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson a convoqué l’ambassadeur russe à Londres. Il lui a demandé d’expliquer comment un tel poison avait pu arriver à Salisbury, au sud-ouest de l’Angleterre, où s’est déroulée la tentative d’assassinat. Le gouvernement britannique exige aussi que la Russe dévoile l’intégralité du programme Novichok à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, basée à La Haye.

Pour l’instant, Moscou semble répondre d’un simple haussement d’épaules. Les débats à Westminster ne sont qu’un «spectacle de cirque», assène le porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe. Plus tôt dans la journée, interpellé par la BBC, Vladimir Poutine, en tournée électorale dans une exploitation agricole, avait évacué le problème en quelques mots: «On s’occupe ici d’agriculture et vous me parlez d’une tragédie. Commencez par comprendre ce qu’il s’est passé là-bas et on en discutera.»

Soit c’était un acte direct de l’Etat russe contre notre pays, soit le gouvernement russe a perdu le contrôle de cet agent innervant

Theresa May, première ministre britannique

Ajoutant à l’affront, Andrei Lugovoi, officiellement accusé par la justice britannique d’avoir mené le meurtre de l’ancien agent Alexander Litvinenko à Londres en 2006, a aussi ridiculisé la situation. Lui qui est aujourd’hui député et homme d’affaires, estime que le Royaume-Uni est en train de dérouler «un scénario pré-arrangé». Cette affaire, et le refus de la Russie d’extrader Andrei Lugovoi, avait déjà provoqué une profonde crise diplomatique entre les deux pays.

Lire également: Libérés avec Skripal, trois agents russes au destin dramatique

«Un acte de guerre»

Contrastant avec cette fausse indifférence, le ton était particulièrement dur à la Chambre des communes. Tom Tugendhat, un député qui dirige le comité parlementaire aux affaires étrangères, estime que l’agression contre Sergueï Skripal est «comme un acte de guerre». La seule voix dissonante a été celle du leader de l’opposition, Jeremy Corbyn, qui appelle à éviter l’escalade. Sous les huées, il a aussi critiqué le parti conservateur pour avoir accepté par le passé des donations d’oligarques russes, et il appelle à de nouvelles sanctions financières.

Difficile dans ces circonstances d’imaginer que la Russie puisse apporter une réponse satisfaisante au gouvernement britannique d’ici à ce mardi soir. Theresa May sera alors dans l’obligation d’agir. La question est de savoir ce qu’elle peut vraiment faire, alors que d’importantes sanctions financières sont déjà en place.

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