EEG, la loi qui a tout changé

Aucun Etat ne prend avec autant de sérieux que l’Allemagne la conversion aux énergies renouvelables. Hermann Scheer y est pour beaucoup. En 2008, le Guardian le classait parmi les 50 fi­gures mondiales contribuant efficacement au sauvetage de la planète. Dépu­té social-démocrate au Bundestag, âgé de 55 ans, Scheer est l’homme qui a persuadé le gouvernement allemand de tourner le dos à l’énergie nucléaire et d’investir dans les technologies propres: l’éolien, la biomasse et bien sûr le solaire.

Le politicien du sud de l’Allemagne est un expert international des énergies renouvelables depuis plus de 20 ans. Sa grande fierté est d’avoir rédigé et fait accepter par le Bundestag la loi sur les énergies renouvelables, mieux connue sous l’acronyme EEG. C’était sous le gouvernement SPD-Verts du tandem Schröder-Fischer. Mais ce texte n’a jamais été remis en cause par Angela Merkel.

Une politique volontariste

La chancelière du camp conservateur a poursuivi la politique volontariste de son prédécesseur. Si elle s’est souvent plainte du «bourrage de crâne antinucléaire» en Allemagne, elle avait elle-même fait progresser des projets écologiques ambitieux quand elle était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Kohl. C’était au milieu de la décennie 90.

Depuis avril 2000, la loi EEG oblige les fournisseurs d’énergie à racheter le courant excédentaire produit par des privés, ménages ou entreprises, à un prix garanti pendant vingt ans et fixé à un niveau supérieur au tarif usuel de vente du courant électrique. Ce subventionnement de l’énergie verte a fait exploser le nombre des consommateurs allemands prêts à investir dans des installations photovoltaïques. Par effet boule de neige, elle a donné un coup de fouet à l’industrie solaire, qui emploie déjà 50 000 personnes dans tout le pays. Pour les installations mises en service jusqu’à la fin de l’année 2009, le montant garanti pour 20 ans est de 43 centimes d’euro le kWh. Ce tarif sera ajusté à 39 centimes dès 2010.

Des emplois par milliers

La part du solaire dans la couverture des besoins électriques allemands a grimpé à 4%. En quelques années, la part de toutes les énergies renouvelables a bondi à 14% de la consommation d’électricité du pays. L’objectif est d’atteindre un ratio de 25 à 30% d’ici à 2020. Une quarantaine d’Etats, dont la France, l’Espagne, l’Italie et la Grèce, ont promulgué à leur tour des lois inspirées de la EEG allemande. La Suisse suit le mouvement, mais avec retard et à petite vitesse.

«La politique climatique créera des emplois», plaidait Angela Merkel en 1995 déjà. A l’exception des écologistes, on lui riait au nez. Aujourd’hui, 250 000 emplois sont dénombrés en Allemagne dans la branche des énergies propres, un chiffre en croissance malgré la crise. L’Europe fournit 45% des technologies «propres», le secteur de l’industrie mondiale qui croît le plus vite. A elle seule, l’Allemagne réalise un tiers de l’effort industriel européen. En 2005, elle a détrôné les Etats-Unis au premier rang des mondial des fournisseurs d’équipements écologiques.