Revue de presse

Enfants piégés, tunnels cachés: la longue route vers Mossoul

Cinq ans tout juste après la mort du chef libyen Kadhafi dans un tunnel de drainage, la presse est de nouveau pleine de tunnels: les soldats qui marchent sur Mossoul ont découvert des réseaux sous-terrains propices aux cachettes. Les chefs de l’EI ont-ils quitté Mossoul? Où se trouve al-Baghdadi?

Officiellement, plusieurs figures de l’Etat islamique ont fui Mossoul, attaquée depuis quatre jours par les troupes disparates de la coalition. Officiellement, c’est-à-dire selon le général américain Volesky, dont la déclaration à un pool de correspondants de guerre est reprise partout – dans Le Monde, la Deutsche Welle et ailleurs: la communication de guerre est bien là. «Nous avons vu du mouvement à Mossoul, nous avons des indications selon lesquelles des chefs sont partis.» Sans spécifier qui a fui et où, remarque la BBC, qui rappelle aussi qu’on n’a aucune idée de là où se trouve Abou Bakr al-Baghdadi, certains disant qu’il est toujours à Mossoul, d’autres pensant qu’il a fui vers le nord. Il est possible que les départs constatés soient simplement ceux de soldats se rendant sur la ligne de front, explique le correspondant de la Beeb.

Les villages déjà repris montrent que les chefs de l’EI vivent sous la surface de la terre, écrit le reporter d’AP, «comme des lapins», reprend le Sydney Morning Herald entre autres, qui en donne pour preuve «le réseau de tunnels et de caches de vie qui révèlent un groupe extrémiste de plus en plus contraint d’opérer sous terre en raison d’une campagne de raids aériens éprouvante et de pertes territoriales de plus en plus importantes». Le village de Badana donne un avant-goût des batailles à venir. En surface, les murs sont déchiquetés, les maisons noires de suie et les bâtiments encore debout ont été pillés. Sous terre, des sacs de légumes frais, un coin cuisine avec des bols d’œufs près d’un four sommaire montrent comment la survie était organisée. Les Kurdes qui sont entrés dans Badana ont aussi trouvé des munitions. «Ils passaient leur vie dans ces tunnels. Je ne peux pas imaginer vivre comme ça. C’est une vraie différence avec nous. Leur comportement n’est pas un comportement humain» selon un des combattants kurdes.

Le Financial Times propose un long reportage maison et passionnant sur ces tunnels. Ce sont les objets piégés qui inquiètent le plus les soldats, raconte la reporteure de guerre Erika Salomon, qui s’est aussi rendue à Badana. Une petite bosse sur le sol signale à peine l’arrivée d’un tunnel. «Le 1er jour un kamikaze est sorti en courant de ce tunnel et s’est fait exploser en tuant un général kurde. Vous auriez vu qu’il y avait un tunnel avant de marcher?». Des maisons ont été entièrement piégées. Avant de partir, les islamistes mettent des détonateurs à retardement, pour que tout saute 2 ou 3 heures plus tard. «Vous imaginez ce que ça peut être en ville si c’est déjà comme ça dans un petit village?» Il faut se méfier de tout – d’un coran à terre, d’un cadavre: tout peut être piégé. «Nous pensons qu’à Mossoul les bâtiments officiels, les maisons des soldats, des policiers, tous ces endroits disposent de tunnels qui s’étendent loin sous la ville. Après la libération il nous faudra 6 mois pour stabiliser la ville. Les tunnels sont un outil que l’EI peut utiliser pour continuer à s’infiltrer», explique un commandant. Il resterait de 3500 à 5000 combattants de l’EI à Mossoul selon les estimations du Middeleast Eye. Autre reportage inquiétant, celui du Times à Shaquli, autre village libéré par les peshmergas à l’est de Mossoul. Là encore tunnels, maisons piégées, scènes de désolation. Les Kurdes ont dû abattre un enfant qui venait vers eux le premier soir – il était prêt à faire sauter sa ceinture d’explosifs.

Sur Twitter le fil des Kurdes d’Erbil en anglais, Rudaw English, permet de suivre cette terrible marche vers Mossoul, et comment les peshmergas veulent présentent leur action. Sur Facebook, la chaîne diffuse en direct les opérations. Là encore, de nombreux tunnels sur le chemin des combattants.

Plusieurs reporters free lance permettent de suivre la bataille de Mossoul sur Twitter, comme Laura-Maï Gaveriaux, ou Samuel Forey.

Et toujours cette question, lancinante: où sont les chefs? «Les combattants étrangers vont devoir rester dans Mossoul selon le patron des opérations américaines Volesky, cité par The Washington Examiner, ils ne peuvent pas se fondre dans la population si facilement. Ils savent qu’ils ont perdu mais Bagdadi dit – on va retourner dans le désert d’où on vient et on attendra». Il faudra peut-être s’attendre à des opérations spectaculaires de l’EI une fois que Mossoul sera perdue, les djihadistes voulant ainsi donner le change après leurs pertes. La coalition appelle les habitants de Mossoul à communiquer autant d’informations qu’il est possible. Les réseaux sociaux font écho – même si l’authenticité de certains messages est parfois douteuse.

Tout se jouera dans Mossoul donc. La BBC donne longuement la parole aux universitaires étrangers qui sont toujours en poste dans la 2e ville d’Irak – oui, l’Etat islamique a laissé ouverte l’université (c’était l’une des plus importantes du Proche-Orient), même si certains redoutent que les laboratoires aient pu être utilisés pour développer des armes chimiques. «C’est la frénésie dit le correspondant, qui prend le contre-pied du commandant américain: les combattants étrangers ne sont plus là, leurs maisons sont vides, et ils ont changé de tenue pour se fondre. L’ambiance change, les gens ont très peur mais sont impatients de voir la ville libérée. Les autorités renforcent leur présence pour monter que rien ne change et il y a eu plus d’exécutions publiques. Des connexions internet sont désormais possibles, en étant très prudent…»

Une vingtaine de ministres des Affaires étrangères doivent discuter ce jeudi à Paris de l’avenir politique de Mossoul. Un autre bout du tunnel peut-être en vue.

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