Ils sont vulnérables et n'ont personne vers qui se tourner. Partout dans le monde, des enfants sont régulièrement victimes d'abus sexuels de la part d'employés des Nations unies en charge du maintien de la paix ou de travailleurs d'organisations non gouvernementales (ONG). Aucun recensement statistique ne permet d'évaluer l'ampleur du problème, mais «les récits qui nous proviennent de toutes les régions en crise nous laissent à penser qu'il est global», indique Corinna Csáky, auteur d'un rapport publié mardi à ce sujet par Save the Children.

L'an passé, la branche britannique de l'ONG a mené une enquête de terrain au Sud-Soudan, en Côte d'Ivoire et en Haïti qui lui a permis de dresser le portrait type de l'enfant victime. Il est orphelin, séparé de ses parents, déraciné ou particulièrement pauvre. Sa fragilité en fait une proie idéale pour des adultes malintentionnés qui insultent, attouchent ou pire, encourage à la prostitution quand ils ne violent pas. «Les responsables de ces actes se trouvent parmi les Casques bleus, mais aussi dans toutes les autres agences des Nations unies et dans les ONG», précise Corinna Csáky. Save the Children UK ne se reconnaît d'ailleurs pas meilleure qu'une autre organisation: l'an passé, 15 de ses partenaires ou employés ont fait l'objet d'allégations dénonçant un comportement sexuel répréhensible. «Trois se sont avérées et ont conduit à des renvois», précise l'ONG.

Grande conférence

C'est la bonne nouvelle que contient le rapport: depuis que la communauté internationale s'est saisie du problème en 2001 au cours d'une grande conférence, «beaucoup de mesures ont été prises grâce au travail conjoint d'ONG et des Nations unies, poursuit l'auteur du rapport. Les Casques bleus notamment ont accompli de grands efforts». Chez ces derniers, «le problème est récurrent. Il s'observe depuis qu'il y a des opérations de maintien de la paix», commente Victor-Yves Ghebali, professeur honoraire à Institut de hautes études internationales et du développement. «Il a notamment été visible lors de l'intervention de l'ONU en Somalie (Onusom). Un code de bonne conduite avait été adopté en 1993, il s'est avéré insuffisant.»

Depuis, le Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU a créé une unité disciplinaire, tout comme les ONG ont développé des politiques pour endiguer le phénomène. «Le vrai problème est ailleurs, juge Victor-Yves Ghebali. Il découle du caractère défectueux du recrutement des Casques bleus. L'ONU accepte ce que les Etats veulent bien lui donner.»

Sans sombrer dans le défaitisme, Save the Children estime pour sa part que les progrès de ces dernières années restent largement insuffisants. «Sur le terrain, les enfants n'en voient toujours pas le bénéfice. Pour chaque abus rapporté, de nombreux cas ne sont jamais dénoncés» et restent donc impunis. Difficile en effet pour un enfant violenté de pointer du doigt son agresseur, lorsque celui-ci est précisément la personne qui fournit l'aide vitale dont a besoin sa famille. Ou lorsque les autorités locales sont tellement inefficientes que les plaintes n'ont pas la moindre chance d'aboutir. «Le silence est notre principal défi», affirme Corinna Csáky. Selon son ONG, il le restera tant que des mécanismes effectifs de prise en compte des plaintes ne seront pas mis en place et qu'un nouvel organe international de contrôle des abus ne verra pas le jour.