ITALIE

Le énième retour de Berlusconi

Italie Le candidat du centre droit, Nello Musumeci, a été élu président de la Sicile lors des élections régionales de dimanche. Cette victoire marque un nouveau retour de Silvio Berlusconi et le renforce en vue des législatives de l’année prochaine

A 81 ans, enterré plusieurs fois politiquement, Silvio Berlusconi apparaît comme le grand gagnant des élections siciliennes de dimanche. Le candidat du centre droit soutenu par Forza Italia, le parti du Cavaliere, a remporté la présidence de l’île avec 39,8% des voix. Cinq points devant son principal rival, Giancarlo Cancelleri, du Mouvement 5 étoiles.

Nello Musumeci, banquier de 62 ans originaire de la région de Catane, dans l’est de l’île, ancien eurodéputé issu des rangs de l’extrême droite, est le nouveau président de la Sicile. Sa victoire est celle «des modérés», selon son principal sponsor, Silvio Berlusconi, s’appropriant tout le crédit du succès électoral dans un message vidéo publié sur les réseaux sociaux lundi soir, après la publication des résultats définitifs. En choisissant ces mots, l’homme d’affaires exclut ses alliés. Le candidat élu a pourtant été choisi en accord avec Matteo Salvini et Giorgia Meloni, chefs de la Ligue du Nord et de Fratelli d’Italia.

Rivalité entre Forza Italia et la Ligue

Le vote sicilien préfigure ainsi les élections législatives du printemps prochain, au plus tôt en mars. Le centre droit l’emporte quand il est uni, mais aussi si Forza Italia en est le centre de gravité, prévient-on dans l’entourage de Silvio Berlusconi. Les dirigeants qui la composent se disputent en effet le leadership au niveau national. Et donc le choix des candidats au parlement et potentiellement celui au poste de président du Conseil.

Si en Sicile Forza Italia dépasse largement la «Ligue», dont la mention «Nord» a disparu afin de répondre aux ambitions nationales de Matteo Salvini, les comptes sont bien différents dans le reste du pays. Les deux partis sont au coude-à-coude dans les intentions de vote, autour des 13-15% chacun, avec souvent une avance de la Lega. Son secrétaire fédéral prétexte ces chiffres pour contester à Silvio Berlusconi le rôle de meneur du centre droit.

Alliance indispensable

Plusieurs épisodes ont égrené cette union. En pleine campagne électorale, Silvio Berlusconi a imaginé la semaine dernière un (hypothétique) gouvernement. Sur vingt ministres, «huit doivent être politiciens, dont trois de Forza Italia, trois de la Ligue et deux de Fratelli d’Italia», a détaillé le magnat de la presse selon un programme choisi en accord, selon ses dires, avec ses deux alliés. «C’est inutile, cela ne m’intéresse pas», a répondu sèchement Matteo Salvini. Enfin, l’alliance s’est aussi fragilisée dans les gestes. Leur candidat plus tard élu a eu droit à trois meetings de clôture séparés.

Dans une interview accordée mardi au quotidien Corriere della Sera, Silvio Berlusconi propose déjà les principaux points de programme de cette coalition: une baisse des impôts, un blocage de l’immigration clandestine et une relance d’un «vrai européisme». Il devrait avoir l’oreille de Matteo Salvini sur les deux premiers thèmes, non sur le troisième, la Ligue se définissant comme autonomiste et anti-européenne.

Mais cette alliance était indispensable en Sicile et le sera à Rome. Même perdant, le Mouvement 5 étoiles est en effet devenu le premier parti de l’île. 26,7% des électeurs ont voté pour sa liste, lui accordant 19 des 70 sièges de l’Assemblée sicilienne. Forza Italia et la Ligue, dans une liste commune avec Fratelli d’Italia, se sont arrêtés à 16,4 et 5,6%. Le scrutin de dimanche indique aujourd’hui que ces deux blocs se disputeront la victoire aux législatives, le centre gauche étant divisé et le Parti démocrate au pouvoir de Matteo Renzi rongé par des dissensions et des contestations contre son secrétaire et ancien premier ministre.

L’ennemi Beppe Grillo

L’ennemi numéro un du centre droit n’est donc désormais plus la gauche, mais la formation populiste de l’humoriste Beppe Grillo. L’alternative à la droite «modérée» de Silvio Berlusconi est, selon ce dernier, «un dangereux mélange de rébellion et de justicialisme», soit un Mouvement 5 étoiles «au langage de haine, de rancœur sociale et de projets délirants pour l’économie».

Mais le retour du Cavaliere sous les projecteurs de la scène politique italienne est freiné par la loi. Silvio Berlusconi ne peut se porter candidat à aucune élection après une condamnation définitive pour fraude fiscale en 2012. Il avait présenté un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, dont une audience est attendue pour le 22 novembre prochain. A 81 ans, Silvio Berlusconi une quatrième fois chef de gouvernement est ainsi «très improbable, répond Giovanni Orsina, politologue et professeur d’histoire à l’Université Luiss de Rome. Mais je ne peux pas dire impossible, car avec M. Berlusconi rien n’est impossible.»

Le énième retour de BerlusconiItalie Le candidat du centre droit, Nello Musumeci, a été élu président de la Sicile lors des élections régionales de dimanche. Cette victoire marque un nouveau retour de Silvio Berlusconi et le renforce en vue des législatives de l’année prochaine

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