Forum économique de Davos, Conférence du désarmement et négociations sur le problème chypriote à Genève: le Sud-Coréen Ban Ki-moon est sur tous les fronts. Le secrétaire général des Nations unies, en fonction depuis le 1er janvier 2007, voit son mandat expirer à la fin de 2011. S’il est candidat à un deuxième mandat, les Etats membres de l’ONU décideront en octobre s’ils lui renouvellent leur confiance. Malgré cet agenda chargé, Ban Ki-moon a reçu Le Temps dans sa suite de l’hôtel Intercontinental, à Genève.

Le Temps: La Côte d’Ivoire est l’un des dossiers chauds du moment. Le pays s’enlisant dans la crise, faut-il intervenir militairement?

Ban Ki-moon: Les enjeux liés à la Côte d’Ivoire sont majeurs. Il en va des principes fondateurs de la démocratie. Mais aussi du respect de la volonté sincère des Ivoiriens. L’Union africaine, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), les Nations unies et la communauté internationale ont été unanimes pour soutenir le vainqueur des élections ivoiriennes de novembre, Alassane Ouattara. Cette victoire a été annoncée par la Commission électorale indépendante et certifiée par l’ONU. Cette unité de vues doit être préservée. Mais je suis inquiet de constater quelques fissures dans l’unité de l’Union africaine. Il est essentiel que cette dernière s’exprime d’une seule voix.

– Allez-vous vous impliquer davantage dans la question ivoirienne?

– Je vais coprésider une réunion trilatérale le 29 janvier à Addis-Abeba avec le président de l’Union africaine. Un jour avant, le 28, les pays clés de l’Union africaine dans ce dossier vont se réunir en session extraordinaire sous l’égide du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Par ailleurs, le président de la Cédéao (ndlr: le chef de l’Etat nigérian Goodluck Ebele Jonathan) va demander à plusieurs envoyés spéciaux de se rendre aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France et dans d’autres pays pour coordonner l’action de la communauté internationale. Il y a aussi un mandat sur la table qui se base sur le chapitre VII (ndlr: permettant l’usage de la force) de la Charte des Nations unies.

– Etes-vous favorable à une intervention militaire?

– Les responsables de la Cédéao n’ont cessé d’adapter leur approche. Ils ont tout d’abord engagé le dialogue pour résoudre la crise pacifiquement de sorte que la volonté des Ivoiriens soit respectée. Ils ont ensuite décidé de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris militaires, tout en précisant qu’ils continuaient de vouloir régler le problème par des négociations politiques. Personnellement, j’espère que la voie diplomatique va encore primer.

En 2010, les appels à une réforme de l’ONU se sont multipliés. Même les Etats-Unis ont ouvertement soutenu l’octroi d’un siège permanent à l’Inde au Conseil de sécurité.

– Vu les changements dramatiques intervenus sur la scène internationale, il est indispensable que le Conseil de sécurité soit réformé et élargi pour mieux faire face aux défis actuels. Les choses ont avancé. Après quinze ans de consultations, l’Assemblée générale de l’ONU a déjà tenu cinq à six rounds de négociations informelles. Plusieurs propositions sont sur la table. L’une d’elles suggère d’augmenter le nombre de membres permanents dotés du droit de veto, une autre d’augmenter simplement le nombre de membres permanents. Il incombe aux Etats membres de surmonter leurs différences pour faire aboutir une réforme acceptable.

– Peut-on encore empêcher l’Inde, le Brésil, le Japon ou l’Allemagne de devenir des membres permanents?

– Ces pays sont connus pour être des aspirants au Conseil de sécurité. Ce sont les pays de ce qu’on appelle le G4. Mais ils font face à un autre groupe de pays dénommé Uniting for Consensus (ndlr: qui refuse l’élargissement du Conseil de sécurité). Il est donc nécessaire que ces deux groupes rapprochent leurs positions.

– Le siège de New York est en pleine rénovation. Quand viendra le tour du Palais des Nations à Genève?

– Construit à partir de 1929, le Palais des Nations est obsolète. Il a besoin d’être rénové et doté de la technologie moderne. Un plan initial de rénovation appelé Strategic Heritage Plan a déjà été établi avec l’aide du gouvernement suisse.

– Serez-vous candidat à un deuxième mandat en octobre 2011?

– Je suis actuellement en train de gérer des problèmes urgents et brûlants. C’est ma mission d’y consacrer le meilleur de moi-même…