Donald Trump a dû faire marche arrière. Son très controversé conseiller stratégique Stephen Bannon a été écarté du Conseil national de sécurité, l’influent cénacle de la Maison-Blanche dans lequel se prennent les décisions stratégiques majeures en termes de sécurité et de politique internationale. La nomination de cet ancien directeur de Breitbart News, un site ultra-conservateur diffusant des thèses nationalistes et suprémacistes, avait déclenché une vive polémique. Sous pression, Donald Trump a fini par céder.

Déjà affaibli après l’échec de l’abrogation de l’Obamacare, l’affaire russe qui l’a notamment obligé à se séparer de son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, et les difficiles auditions de son candidat à la Cour suprême devant le Sénat, le président américain a visiblement tenu compte des critiques grandissantes concernant le statut accordé à son proche collaborateur. Stephen Bannon participait à la plupart des séances, alors que le chef d’état-major et le patron du renseignement national n’étaient pas jugés indispensables, mais uniquement invités sur demande. Un obscur Stephen Bannon qui n’a pas hésité à déclarer, dans plusieurs interviews, vouloir, «comme Lénine», «détruire l’Etat». «Je veux que tout s’effondre et que l’ensemble de l’establishment actuel soit détruit», avait-il ajouté. La présence de cet idéologue au sein du Conseil avait notamment été dénoncée par des responsables républicains.

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Failles de l'équipe Trump

La décision annoncée mercredi n’est pas anodine, même si la Maison-Blanche cherche à la minimiser. Elle révèle les lézardes qui commencent à s’élargir au sein de l’équipe Trump. Stephen, dit Steve, Bannon est un proche du Tea Party. Or Donald Trump, qui n’a toujours pas digéré l’échec de sa réforme de la santé d’abord exclusivement imputé aux démocrates, s’en prend désormais au Freedom Caucus, ce groupe tout à droite du parti républicain, héritier du Tea Party, qui n’a pas voté en faveur de sa réforme la qualifiant d'«Obamacare light». Le voilà qui semble, du moins publiquement, chercher à se distancer des éléments les plus à droite de son parti. Dans un tweet agressif, il avait déclaré: «Le Freedom Caucus va faire du mal à tout le programme républicain s’ils ne rejoignent pas l’équipe et rapidement. Nous devons les combattre, ainsi que les démocrates, en 2018!».

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Stephen Bannon est l’un des artisans de l’élection du milliardaire: il a été son chef de campagne depuis août 2016. Celui que Bloomberg n’a pas hésité à qualifier d'«homme le plus dangereux de la sphère politique américaine», régulièrement taxé de raciste et d’antisémite, et qui n’a jamais caché ses contacts avec les mouvements d’extrême droite européens, semble exercer une influence grandissante sur Donald Trump. On retrouve sa patte dans plusieurs discours du président, dont celui du jour de la prestation de serment, où Donald Trump a osé parler de «carnage». C’est probablement également pour ne pas donner l’image d’un président sous influence que Donald Trump a décidé d’écarter Stephen Bannon du Conseil national de sécurité.

Ancien de la Navy, Stephen Bannon est passé par l’Université de Harvard, avant de travailler pour la banque Goldman Sachs, et de créer sa propre banque d’investissement, spécialisée dans les médias. Il a notamment fait fortune en rachetant les droits de la série américaine Seinfeld. Il a réalisé plusieurs films, dont le documentaire «The Undefeated» à la gloire de Sarah Palin, qui était sur le ticket du républicain John McCain pour la présidentielle de 2008. Proche de la famille Mercer - elle a injecté des millions de dollars dans la campagne pour faire élire Donald Trump –, il s’est aussi retrouvé dans le conseil d’administration de Cambridge Analytica.

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Le Conseil national de sécurité est dirigé depuis le 20 février par le général Herbert Raymond McMaster. C’est lui qui a remplacé Michael Flynn pour avoir menti à propos de ses contacts avec l’ambassadeur russe en poste à Washington. Le général a été chargé de revoir la composition du Conseil après les protestations grandissantes concernant le rôle de Stephen Bannon. Résultat: ce dernier ne figure officiellement plus sur la liste de ses membres depuis le 4 avril. Autres changements: le chef de l’Etat-major, le directeur du renseignement national, le patron de la CIA, le secrétaire à l’Energie ainsi que l’ambassadrice auprès des Nations unies sont désormais des membres à part entière de ce cénacle, discret mais stratégique.