Lundi est passé. Puis mardi. L’Autorité palestinienne avait promis «d’entrer en contact» avant mardi soir avec les experts suisses qui ont découvert des niveaux «surprenants» de polonium dans les affaires personnelles de Yasser Arafat (LT du 7.7.12). Mais à Lausanne, on reste toujours sans nouvelles de Palestine. Derrière cette inaction apparente, pourtant, nombreux sont ceux qui s’activent en coulisse. Sans qu’il soit toujours très clair s’il s’agit d’accélérer le processus afin de pratiquer l’autopsie sur la dépouille du leader historique enterrée depuis huit ans, ou au contraire de la rendre à jamais impossible.

A Ramallah, on confirme qu’un médecin établi en Jordanie, Abdullah Ibrahim, a bien été chargé de servir d’intermédiaire pour organiser les modalités de l’autopsie. Mais tout le reste demeure flou.

«Une fois que l’Autorité palestinienne sera décidée, tout cela se passera vite et bien», assure à Paris Pierre-Olivier Sur, l’avocat de Souha Arafat. Problème: la veuve du chef palestinien a, dans le même temps, décidé de porter plainte devant la justice française pour «établir toute la vérité» sur les circonstances de cette mort qui, en 2004, auraient échappé à la cinquantaine de médecins français.

«Nous voulons que [l’autopsie] se passe sous l’autorité d’un juge d’instruction, si possible français», poursuit l’avocat. La plainte n’est pas encore déposée. Et cela risque fort de prendre des semaines. «Cela devra immanquablement relever de la justice», confirme au téléphone le porte-parole français des Affaires étrangères, Bernard Valero. A sa connaissance, personne à Paris n’a envisagé de lui-même de rouvrir l’enquête sur les causes de la mort.

La présence conjuguée de l’ancien héros de la cause palestinienne et du polonium 210, cet élément radioactif qui servit en son temps à empoisonner l’opposant russe Alexander Litvinenko, aurait de quoi susciter d’innombrables questions. Au total, selon les chiffres fournis par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il n’est produit dans le monde qu’une centaine de grammes de cette substance par année.

A proprement parler, l’AIEA n’est pas concernée par le polonium lors de ses inspections sur les sites nucléaires. Mais Olli Heinonen, ex-chef des inspecteurs internationaux en Iran et aujourd’hui professeur à la Harvard Kennedy School, précise: «Il peut intéresser l’AIEA comme indicateur de possibles recherches menées par un Etat en relation avec les armes nucléaires.» Selon le spécialiste, il n’y aurait plus que la Russie pour en produire de manière avérée. «Mais cela peut être fait par tout Etat qui possède un réacteur nucléaire, même si le procédé chimique est un peu compliqué, puisque le polonium s’évapore vite à basse température.»

Pour ne rien simplifier, la Tunisie a, elle, demandé l’ouverture d’une enquête à la Ligue arabe. Manière, peut-être, de «racheter» la faute originelle des médecins tunisiens qui, dans un premier temps, s’étaient penchés au chevet de Yasser Arafat. Non seulement ils n’avaient pas guéri le raïs palestinien, mais ils avaient à l’époque mystérieusement perdu les résultats de leurs prélèvements.

Les dirigeants de l’Autorité palestinienne auraient-ils décidé, sans le dire, d’attendre la réunion de la Ligue arabe (programmée théoriquement la semaine prochaine) et le lancement de cette enquête avant d’ouvrir la tombe à Ramallah? Les leaders palestiniens sont, depuis des années, à couteaux tirés avec Souha Arafat, 48 ans, ancienne amie de la femme du despote tunisien Ben Ali et qui vit la plupart du temps sur l’île de Malte. Aux multiples intérêts politiques s’ajoute une animosité réciproque qui avait atteint son paroxysme lors de la courte maladie d’Arafat.

«A Ramallah, même faire passer une caisse de tomates est presque une affaire mondiale, alors vous imaginez, les ossements de Yasser Arafat?», commente évasivement par e-mail un responsable palestinien. Les Israéliens, eux aussi, devraient donner leur accord, au moins de manière tacite. Et, faute d’inspections de l’AIEA, peut-être devraient-ils éclaircir les activités exactes du centre de recherche militaire de Nes Ziona, au sud de Tel-Aviv, où 150 scientifiques mènent des expériences en lien avec la biologie, la «chimie médicale» et «les sciences de l’environnement».

Il n’y aurait plus que

la Russie pour produire

du polonium

de manière avérée, une centaine de grammes par an