Chine

Pour enrayer son vieillissement accéléré, la Chine abandonne la politique de l’enfant unique

Pékin permet désormais aux Chinois d’avoir deux enfants, ce qui leur était interdit depuis la fin des années 1970. Une mesure jugée trop tardive

Symbole de la démographie en Chine depuis la fin des années 1970, la politique de l’enfant unique a vécu. Jeudi soir, au quatrième et dernier jour de son plénum, le parti communiste chinois a annoncé via l’agence officielle Chine nouvelle que «tous les couples» étaient désormais «autorisés» à avoir «deux enfants en réponse au vieillissement de la population». Evoquée par les médias proches du pouvoir depuis quelques mois, la décision sera formellement validée en mars prochain par le parlement.

C’est une «bonne nouvelle», réagit Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université baptiste de Hongkong. Le pouvoir «avait déjà pris des mesures pour assouplir cette politique, mais sans grand effet. Il a réalisé qu’il fallait prendre une décision plus radicale», analyse le sinologue.

La Chine compte aujourd’hui 1,3 milliard d’habitants. En limitant la taille de la population, la politique de l’enfant unique visait à limiter les problèmes de pénurie à alimentaire et de santé. On estime à 400 millions le nombre de naissances empêchées.

Lire aussi: Editorial. Le parti communiste annonce la fin de la politique de l’enfant unique.

Si elle a pu produire «quelques effets positifs à court terme, poursuit Jean-Pierre Cabestan, cette politique fut surtout une bombe à retardement». Qui explose maintenant. L’an dernier, la population active s’est contractée, de 3,7 millions. La population totale devrait, elle, diminuer dès 2030, estiment les Nations Unies. Cette année-là, les Chinois de plus de 60 ans seront 350 millions, soit un quart de la population, et deux fois plus qu’aujourd’hui. Un vieillissement plus rapide que celui de la Suisse, par exemple, dont le nombre de plus de 65 ans doit doubler d’ici 2045 seulement, selon l’Office fédéral de la statistique.

Une décision qui vient «trop tard»

Voilà pourquoi Jean-Pierre Cabestan juge que la fin de la politique de l’enfant unique intervient «trop tard. Elle fut une catastrophe et sera très difficile à corriger. Il faut 20 ans, près d’une génération» pour rectifier le tir. Sans oublier, précise le sinologue, que «le contrôle des naissances fut une question très controversée dès sa mise en œuvre. Des travaux démographiques ont démontré que la transition démographique en Chine avait déjà commencé.»

La pression va augmenter sur les ménages en âge de travailler alors qu’ils devront aussi soutenir leurs parents

Plusieurs assouplissements ont pourtant eu lieu, le dernier datant de 2013. Les couples ont pu avoir un deuxième enfant, à condition qu’un des parents soit lui-même enfant unique. Pékin estime que, en 2014, 16,8 millions de naissances ont été enregistrées, 470 000 de plus que l’année précédente. Pourtant, moins de la moitié des couples pouvant profiter de l’assouplissement ont déclaré envisager avoir un deuxième enfant. Le coût de la vie figure en tête des raisons invoquées, en particulier pour ceux habitant en ville. Avec la nouvelle politique, «la pression va augmenter sur les ménages en âge de travailler alors qu’ils devront aussi soutenir leurs parents», s’inquiète Jean-Pierre Cabestan.

La fin de l’enfant unique vise d’abord à contrer le vieillissement de la population, mais elle intervient aussi alors que la croissance de la deuxième économie du monde ralentit. Ce qui inquiète la planète entière. Or le plénum se réunissait cette semaine pour valider le 13e plan quinquennal de développement. A l’heure d’aller sous presse, Pékin n’avait cependant pas encore dévoilé son nouvel objectif de croissance. L’ambition de doubler le produit intérieur brut de 2010 d’ici 2020 a juste été confirmée. Les économistes ont calculé qu’un taux de 6,5% suffirait pour y parvenir, un peu moins que l’objectif actuel, 7%. Cependant, rares sont ceux à croire que la Chine pourra maintenir un tel rythme.

Pas de pause contre la corruption

Le gouvernement central est pris au piège, estime Stein Ringen, professeur émérite à l’Université d’Oxford. «Tant qu’il pouvait produire une croissance de 10%, ou au moins faire croire qu’elle était de ce niveau, tout allait bien, analyse l’auteur de «La dictature parfaite", un livre sur la Chine à paraître début 2016 aux Hongkong University Press. Mais ce n’est plus possible. Or imaginer une croissance plus basse, mais réaliste, par exemple de 4-5%, ce n’est pas politiquement correct en Chine.» D’autant que «la réputation du gouvernement en a pris un coup cet été lors du krach boursier alors que Pékin avait tant encouragé les Chinois à acheter des actions», estime Stein Ringen.

Si sa réputation est mise à mal, le pouvoir entend cependant maintenir son autorité. Hier encore, il a fait savoir que la lutte contre la corruption, aussi vue comme un instrument pour écarter les opposants au président Xi Jinping, allait continuer. Récemment la pratique du golf et la gourmandise ont été présentées comme des violations de la discipline du parti. Le comité central du parti a aussi confirmé l’expulsion de plusieurs de ses membres, arrêtés pour corruption. Dont Ling Jihua, un ancien proche du précédent président Hu Jintao.

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