Enseigner à son fils à «bien se comporter» avec la police

Aux Etats-Unis, ils l’appellent «The Talk», la conversation. Face aux risques de bavures policières, les parents d’enfants, surtout issus de minorités, estiment qu’il est désormais de leur devoir d’expliquer à leur progéniture la manière d’interagir avec la police. Le premier objectif de cette démarche pédagogique parentale: s’assurer que leurs enfants restent en vie. En cas d’intervention de la police, garder profil bas, ne pas faire de geste intempestif et surtout ne pas répondre de façon agressive. Au sein de la communauté afro-américaine, particulièrement touchée par les «bavures» policières, ce type de discussion est presque automatique. Chroniqueur afro-américain du New York Times, Charles Blow n’a cessé d’expliquer à son fils comment se comporter avec la police. Bien lui en a pris. Au mois de janvier, un policier, sur le campus de Yale, a pointé une arme sur son fils parce qu’il avait pris l’étudiant pour un suspect dans le cadre d’un cambriolage. Le jeune Blow a appliqué les préceptes enseignés par son père et a pu poursuivre son chemin sans heurts.

Humiliation

L’exercice a quelque chose de rassurant. Mais il est aussi en partie humiliant. Une mère de famille afro-américaine, Latoya Peterson, exprimait ses doutes dans une tribune publiée dans The Guardian. «Je veux que mon fils soit brave, qu’il ait le courage de s’ériger contre l’injustice. Mais je ne peux pas lui enseigner à être courageux si je dois en même temps lui enseigner à avoir peur et de garder profil bas dans ses interactions avec les autorités. Je ne peux pas enseigner à mon fils la justice si je dois lui dire qu’il doit se mettre à genoux devant la puissance de l’Etat de peur de perdre la vie.» Il y a quelques jours, la police de Saint-Louis, dans le Missouri, à quelques kilomètres de Ferguson, recommandait précisément sur les réseaux sociaux que les parents enseignent à leurs enfants d’avoir peur de la police.

Le problème des enfants dont la vie est menacée par des comportements policiers inadéquats, à l’exemple de Tamir Rice, 12 ans, à Cleveland, est devenu tel que plusieurs écoles ont intégré dans leur programme des cours de comportement avec la police. Dans le New Jersey, un projet de loi vient d’être présenté au parlement de cet Etat proche de New York pour introduire de tels cours dans les cursus. L’un des promoteurs du projet de loi, le démocrate Ralph Caputo, s’en explique: «Les enfants doivent apprendre comment se comporter quand ils font l’objet d’une enquête ou quand la police leur parle, car ils risquent de mettre leur vie en danger […]. Les enfants doivent reconnaître l’autorité [des policiers].»