Le sol haïtien a fortement tremblé le week-end dernier. Un séisme de magnitude 7,2 a ravagé le Sud du pays. Cumulées au passage actuel d’une dépression tropicale qui provoque des inondations et des glissements de terrain sur le territoire, les secousses continuent de faire des dégâts. «En trois jours, il y a eu plus de cinq cent petites répliques», relève Entela Sula, la directrice de programme d’Helvetas, une organisation suisse de coopération au développement et d’aide humanitaire installée en Haïti depuis 40 ans. De nouvelles maisons s’effondrent et aggravent le bilan provisoire, déjà catastrophique.

Des pluies gênantes

Alors que les pluies torrentielles de la tempête Grace perturbent les opérations de sauvetage et de recherche de personnes sous les débris menées par les autorités locales et des organisations internationales, la direction de la protection civile dénombrait lundi soir 1420 morts et 6900 blessées. «Des milliers de personnes sont portées disparues, complète Entela Sula. Environ 60 800 maisons ont été entièrement détruites et environ 76 000 maisons ont été endommagées. A ce jour, 715 000 personnes sinistrées ont été enregistrées dans les trois départements qui sont les plus touchés.»

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Des personnes se retrouvent désormais sans domicile et cherchent des places dans les centres communautaires d’abris provisoires. «Mais ceux-ci ont atteint leur capacité d’accueil maximale.» Autre difficulté de taille: certains hôpitaux ont été détruits et les établissement restants sont débordés par l’afflux de blessés. «Leur besoin en matériel de santé est également important», ajoute-t-elle. Pour Helvetas, l’un des principaux problèmes est le manque d’accès à l’eau potable. «Plusieurs infrastructures ont été endommagées et ce besoin essentiel s’accroît suite au déplacement de la population», signale-t-elle.

Ce mardi, le Département fédéral des affaires étrangères a annoncé que la Suisse verserait un million de francs pour venir en aide à Haïti. 600 000 francs de cette enveloppe sont déjà affectés et seront remis à la Fédération internationale de la Croix-Rouge (250 000 francs), à l’ONU (250 000 francs) et à la Croix-Rouge Suisse (100 000 francs).

L’organisation suisse et les opérateurs humanitaires présents sur place se préparent à aider les Haïtiens et les Haïtiennes, mais attendent des éclaircissements sur la situation. «Nous avons besoin de connaître le nombre de personnes concernées, leur situation géographique et leurs réels besoins, détaille Entela Sula. Nous allons intervenir dans les prochaines 48 heures avec de l’eau potable, des kits d’hygiène et du matériel d’urgence, comme des bâches ou des couvertures.»

Une première réaction qui sera suivie d’une distribution d’argent liquide, puis d’une aide à la construction d’abris provisoires et à la reconstruction d’habitations. «Nous allons avancer par étapes, en fonction des fonds collectés, pointe la directrice de programme. Car les interventions représentent un coût financier et la logistique n’est pas évidente étant donné que des ponts se sont écrasés et que des routes sont impraticables. Nous devions nous déplacer en prenant la mer, mais avec la dépression tropicale cela est impossible.»

Lutter contre l’appauvrissement

L’«aide d’urgence cash» débloquée par Helvetas s’élève à 150 000 francs. «Nous avons deux programmes en cours dans les zones affectées financés par la direction du développement et de la coopération (ou DDC), indique-t-elle. Nous avons reçu l’autorisation d’utiliser une partie de cet argent, soit 500 000 francs, pour assurer un approvisionnement en eau, en kits et en cash.»

Selon la porte-parole d’Helvetas, Aude Marcovitch, l’idée de cette aide est «de ne pas casser le marché local» en distribuant des biens ou des denrées qui existent déjà sur place. «Cela engendrerait une sorte de concurrence déloyale envers les paysans ou commerçants locaux et leur situation serait alors encore plus précaire, estime-t-elle. L’argent sera distribué aux gens de manière ciblée en collaboration avec les acteurs locaux, territoriaux et les municipalités.»

Le traumatisme de 2010

Entela Sula s’est installée en Haïti après le séisme survenu le 12 janvier 2010. Ce terrible tremblement de terre a engendré la mort d’environ 300 000 personnes, autant de blessés et plus d’un million de sans-domicile. «Ce tremblement de terre était plus puissant, en termes de magnitude, que celui de 2010, souligne-t-elle. Cependant, il a fait beaucoup de moins de victimes et causé moins de dommages.» Pourquoi? Etant donné sa situation géographique, Haïti est malheureusement régulièrement confronté aux aléas climatiques et les personnes qui travaillent dans la construction ont mis en place des techniques antisismiques et anticycloniques.

Entre 1909 et 2013, le pays a dû faire face à cent désastres majeurs, tels que des ouragans, des tempêtes, des inondations ou des tremblements de terre. «Nous observons une meilleure prise en charge de la situation, poursuit-elle. Les autorités centrales et locales ont été formées et préparées pour répondre rapidement à ces événements. Les agents ont été dépêchés dans les trente minutes après le séisme.»

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Mais le pays reste fragilisé par les précédentes crises qu’il a traversées et sa situation politique instable. Le président, Jovenel Moïse, a été assassiné le 7 juillet dernier. «Le Sud était déjà dans une position vulnérable, il est désormais à genoux, résume-t-elle. Ce tremblement de terre n’a fait qu’accentuer les problématiques existantes, dont la pauvreté.»