La longue file d’attente devant l’église protestante afrikaner de Ventersdorp, la petite ville où le service funéraire aura lieu à midi heure suisse ce vendredi, était composée de membres du Mouvement de résistance afrikaner (AWB), souvent en tenue de camouflage, et des fermiers blancs, en civil. Mais aucun débordement n’a été signalé. «Ce seront des funérailles normales, pas des funérailles politiques. C’est ce qu’a demandé la famille», a néanmoins assuré un porte-parole de l’AWB, Pieter Steyn avant de continuer: «Nous avons demandé à nos membres de respecter cette requête. Il n’y aura ni salut, ni coups de feu, ni marches ou quoi que ce soit d’autre.»

«Je pense que les funérailles se dérouleront tranquillement», a ajouté un responsable de l’organisation, Andre Visagie, lors d’une brève conférence de presse devant la maison d’Eugène Terre’Blanche. Son corps sera inhumé sur le sol de sa ferme, à une dizaine de kilomètres du centre-ville. L’AWB s’est rendu tristement célèbre au début des années 90 en organisant des attentats meurtriers – qui ont fait 21 morts – pour tenter d’empêcher l’abolition de l’apartheid.

Réclamant des négociations avec le gouvernement pour obtenir une meilleure protection des fermiers blancs et un «Volkstaat» (un état autonome pour les Afrikaners, les descendants des premiers colons blancs), Andre Visagie a assuré que l’AWB ne «recourrait à la violence qu’en dernier ressort».

Police sur ses gardes

Prévoyant «une foule très importante», la police a déployé des unités spécialisées et renforcé les patrouilles dans la ville, a expliqué une porte-parole de la police, Adele Myburgh. Deux hélicoptères patrouillaient le ciel et des véhicules des forces de l’ordre gardaient les entrées de Ventersdorp, dont les commerces ont ouvert normalement. «Nous nous sommes donc préparés à réagir à n’importe quel type de situation», a ajouté Adele Myburgh, en espérant que le calme prévale.

Le meurtre d’Eugène Terre’Blanche, apparemment battu à mort samedi par deux de ses ouvriers agricoles, a ravivé les tensions raciales dans un pays où la couleur de la peau reste déterminante seize ans après la chute de l’apartheid et dix semaines avant la Coupe du monde de football qui se déroulera en Afrique du Sud. Lors de la comparution des suspects, mardi devant le tribunal de Ventersdorp, la police avait dû installer une clôture de fil de fer barbelé pour séparer les militants de l’AWB des Noirs des alentours après le début d’une bagarre.