Terrorisme

Entre Al-Qaida et l’Iran: des révélations qui tombent à point nommé

Des documents saisis dans le fief de Ben Laden mettent en lumière une accointance d’Al-Qaida avec Téhéran. Une coïncidence?

C’était en janvier dernier. Le bureau du directeur du renseignement national américain (DNI), qui coordonne les principales agences de renseignement des Etats-Unis, publiait ce qu’il présentait comme la dernière tranche des documents saisis lors du raid américain de 2011 au cours duquel fut tué Oussama ben Laden. Les responsables du renseignement avaient fait le tour de cette énorme «bibliothèque» électronique découverte dans la dernière demeure du chef d’Al Qaida, à Abbottabad, au Pakistan. Selon eux, l’essentiel avait été alors dévoilé: «Le livre Ben Laden se ferme», disaient-ils.

470 000 documents supplémentaires

Cette semaine, pourtant, la CIA a décidé d’en faire paraître un quatrième volume: 470 000 documents supplémentaires où se mêlent nouveaux renseignements sur les goûts cinématographiques de Ben Laden et de sa famille, quantité de photos et de vidéos, mais aussi des «Mémoires privées» du fondateur d’Al Qaida ainsi que des documents présentés comme ayant une forte valeur stratégique.

Surtout, parmi ces documents, figure ce qui pourrait être un résumé des relations entre le réseau islamiste terroriste sunnite et l’Iran chiite. Une sorte de rapport de 19 pages, daté de 1428 selon le calendrier musulman, soit 2007, qui n’est pas signé mais qui a été supposément rédigé par l’un des lieutenants de Ben Laden. Ce rapport affirme notamment que l’Iran était prêt à offrir aux combattants d’Al-Qaida «de l’argent, des armes et tout ce dont ils avaient besoin» pour autant que les terroristes s’engagent à «frapper l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe». Il y est fait mention également de l’entraînement de ces combattants sunnites dans «les camps du Hezbollah», la milice chiite libanaise alliée de Téhéran.

Entre Batman et malwares

La raison qui a conduit la CIA à prendre le relais d’un DNI qui avait donné le sentiment d’avoir achevé son travail reste inconnue. Pour l’instant, cette initiative reste d’autant plus mystérieuse que, à peine mis en ligne, les documents ont été retirés sur le site de la CIA. Un «problème technique» empêchait encore de les consulter vendredi. Au préalable, l’agence américaine avait mis en garde sur la possibilité que certains documents puissent contenir des programmes malveillants (malwares). Mais aussi sur le fait que d’autres, découverts dans les disques durs de Ben Laden, étaient soumis aux droits du copyright, à l’instar de certains documentaires du National Geographic (Kung Fu killers, Predators at war…) ou de films comme Batman ou les Trois Mousquetaires.

Cette soudaine interruption des programmes n’a fait que mettre encore en relief le poids du document concernant les relations entre Al-Qaida et l’Iran. Et pour cause: ce matériel avait été partagé au préalable en exclusivité avec Foundation for Defense of Democraties, un think tank américain conservateur particulièrement critique envers tout rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran.

Ton belliqueux adopté par Donald Trump

Les révélations interviennent alors que le président américain, Donald Trump, vient de refuser de certifier l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en juillet 2015 et qu’il a adopté un ton particulièrement va-t-en guerre contre Téhéran.

Pour Ned Price, ancien conseiller de l’ex-président Barack Obama, cette coïncidence n’en est pas une: peu importe si, en prenant la tête de la CIA, et en obligeant ses troupes à se replonger dans des dossiers désormais sans intérêt, Mike Pompeo empêche les employés de la CIA de se consacrer à des activités réellement importantes pour la sécurité du pays. L’essentiel est ailleurs: il s’agirait de mettre en lumière les liens terroristes de Téhéran afin, dit Price, de favoriser un «changement de régime» en Iran.

Aucune preuve nouvelle

Ces manœuvres rappellent à l’ancien conseiller d’Obama la campagne lancée à l’époque par l’administration de George Bush pour accabler l’Irak de Saddam Hussein au lendemain des attentats de New York et de Washington du 11 septembre 2001, au prétexte que ce pays disposait d’armes «de destruction massive». Une campagne qui signifia l’invasion américaine de ce pays.

De fait, les liens entre Al-Qaida et l’Iran, révélés dans les 19 pages du memo d’Abbottabad rejoignent en grande partie les informations qui avaient déjà été réunies par la commission d’enquête américaine mise sur pieds après le 11-Septembre. Ben Laden, après la défaite des Soviétiques en Afghanistan, est alors en opposition de plus en plus claire avec l’Arabie saoudite, dont il est originaire. Les enquêteurs américains ont ainsi tracé toute une série de rencontres entre les cadres d’Al-Qaida et des responsables iraniens qui deviennent plus en plus nerveux face à ce qu’ils perçoivent comme la volonté américaine de remodeler le Proche-Orient à leurs dépens.

La commission d’enquête n’a réussi cependant à apporter aucune preuve sur une éventuelle participation iranienne aux attentats du 11-Septembre. Bien plus: les Iraniens tenteront, avec plus ou moins de succès, de collaborer ensuite directement avec les Etats-Unis en vue de localiser Ben Laden caché dans les cavernes de Tora Bora. Une prise de distance, pour le moins, qui est d’ailleurs clairement évoquée dans le rapport qui vient de publier. «Ils (les Iraniens) ont décidé de garder nos frères comme une carte éventuelle à jouer», résume-t-il toutefois.

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