Le G7 de Biarritz m'aura au moins appris une chose: les vélos du futur seront propulsés à l'hydrogène. Tel est en tout cas le message que le fournisseur français d'électricité Engie, et l'innovateur basque Pragma Industries, tentent de faire passer au milieu de l'armada policière qui verrouille la cité balnéaire et ses environs.

En route, donc, pour la ville voisine de Bayonne, point de ralliement présumé des contestataires anti-G7 avec Hendaye, où les forces de l'ordre ont manié vendredi soir gaz lacrymogènes et lanceurs de balles de défense (les fameux LBD) contre quelques groupes de «gilets jaunes». Le centre de presse du G7 a bien fait les choses: les vélos blancs à l'hydrogène, rutilants – 7000 euros l'unité pour les modèles en prêts, 4000 euros l'unité dans la version commerciale annoncée prochainement – sont offert pour des rotations de deux heures aux journalistes. Un bouton pour les faire démarrer, et nous voici, en pleine cote, à 22 kilomètres heures sans forcer...

A propos de ce G7 qui commence: Face à Donald Trump, le G7 miné de Macron et des Européens 

Tout est cadenassé

Bayonne? Une dizaine de kilomètres de silence et de solitude cycliste sur la route encadrée d'uniformes. Le G7 n'a pas seulement mis Biarritz sous cloche. Tous les environs sont cadenassés. A Anglet, juste à la périphérie de la cité balnéaire, les premières palissades de bois anti-émeutes apparaissent. On sent bien que tout le monde redoutait la casse. Mais pour l'heure, c'est le désert des tartares qui se joue plutôt au pays basque. Quelques retraités sortent le nez de leurs jardins. Le McDonald n'a jamais été aussi vide. Mon vélo, en vitesse de croisière, occupe avec majesté le milieu de la route. Et voilà que la cathédrale de Bayonne apparait, derrière un premier rond-point bunkerisé.

A ce propos: Biarritz, une ville «sous cloche» pour un G7 désuni

La police française se sait sous surveillance. L'épidémie de violences commises ces derniers mois par les forces de l'ordre a laissé des traces et Emmanuel Macron, lors de son intervention pré-G7 devant la presse présidentielle, a promis que les enquêtes iraient à leur terme.

Place donc, à la stratégie de l'assommoir et des filtres à répétition. Ne rien laisser passer. Tout bloquer en amont. Huit barrages entre Biarritz et sa voisine basque, célèbre pour ses fêtes. Un coup d’œil affuté permet bien de déceler des groupes d'individus visiblement venus pour protester. Une dizaine, sacs au dos, ont en main des casques de motos. Ils sont assis près de la cathédrale tandis qu'à une cinquantaine de mètres, deux jeunes types sont conduits manu militari derrière un fourgon par une escouade de CRS.

Les devantures de la rue des basques sont presque toutes fermées. Seul le libraire du centre ville accueille les clients. Le vélo a 8000 euros peut rester dehors sans antivol. Les rares passants, vérification faites, vu les armes à la ceinture cachée sous le tee-shirt, sont pour la plupart des gendarmes en civils....

Une nasse

En langage simple, cela s'appelle une nasse. Biarritz, Bayonne, Hendaye et Saint Jean de Luz sont ce week-end et jusqu'à lundi soir, dans la nasse du G7. Une seule rue pour accéder au centre ville de Biarritz est encore accessible. Et pour la trouver, dix autres contrôles doivent encore être franchis. Un coup de pédale vers la droite. Raté. Des barrières ferment l’accès. Les bruits et les cris des premiers affrontements se font entendre. Un autre vers la gauche: raté: des CRS descendus de Lyon, sans aucune idée des lieux, me renvoient....vers un autre barrage. Les riverains grognent.

Maisons désertes. des adolescents courent entre les trottoirs. Trois Bayonnais, attablés au seul café ouvert derrière la mairie, enchainent les bières en promettant de défiler dimanche à l'appel de l'association basque Bizi. Mot d'ordre: ramener les portraits d'Emmanuel Macron dérobés dans les mairies durant les mois de colère des «gilets jaunes» et se faire remarquer des médias «couchés devant le capitalisme mondial». La journée la plus rude, dit la rumeur, sera lundi. «50 000 protestataires contre 13 000 policiers, ça promet» râle une résidente, sans me dire d'où elle sort ce chiffre.

Je suis Suisse, donc hors sujet

Représenter un journal suisse me rend hors sujet. «Les Suisses sont neutres, ils se fichent du G7» lâche l'un des amateurs de bière de Bayonne en lorgnant mon vélo de compétition.

Je rappuie sur mon bouton à hydrogène. Le deux roues ronronne. Direction Biarritz et, de nouveau, une cohorte de contrôles sous la surveillance de deux hélicoptères. Les ponts de Bayonne, sur la Nive, sont fermés par des grilles policières. Un convoi passe avec, me dit-on, trois «gilets jaunes» arrêtés pour vérification d'identité. «Impossible de rentrer au centre de presse. Vous attendrez jusqu'à la nuit» assène un commandant moins sympathique que la moyenne.

Le véto policier se lève lorsqu'apparaît une patrouille de gendarmes mobiles à chevaux qui acceptent de me raccompagner. Mon G7 à l'hydrogène se termine en parade hippique. Des journalistes japonais nous prennent en photos. L'Hôtel Radisson déborde d'Américains, entre médias et «secret service». Le monde, vu de Biarritz, est une sorte de planète sous vide. Dans le four micro-onde des forces de sécurité. 

Pour en savoir plus sur les vélos propulsés à l'hydrogène du G7: https://www.pragma-industries.com/