Entre l'Union européenne et la Turquie, la crise paraît désormais programmée. Erkki Tuomioja, le chef de la diplomatie finlandaise, dont le pays préside les Vingt-Cinq jusqu'à la fin de l'année, a annoncé, lundi, l'échec de sa médiation entre la partie grecque de Chypre - devenue membre de l'Union en 2004 - et la Turquie, qui négocie son adhésion depuis un an. «Les conditions ne sont pas réunies pour un accord, a constaté Erkki Tuomioja. Il y aura des conséquences.»

Constat d'Angela Merkel

A Dresde, au congrès de son parti (lire ci-contre), la chancelière Angela Merkel, dont le pays présidera l'Union dès le 1er janvier, a indirectement indiqué quelles conclusions en tirer, en évoquant l'actuel «recul du processus de réformes» en Turquie: «Je le dis: si la situation devait rester en l'état jusqu'à la fin de l'année, il n'y aura pas et il ne pourra pas y avoir une poursuite comme si de rien n'était du processus de négociations» avec Ankara, a-t-elle prévenu.

Même du côté des sociaux-démocrates du Parlement européen, où l'on est traditionnellement plutôt favorable à l'idée d'une Turquie européenne, on prend la mesure de la crise à venir: «Il faut que la Turquie bouge», a lancé hier Martin Schulz, patron allemand des socialistes européens qui a reconnu que la situation était «critique».

Même les plus fervents partisans de l'adhésion d'Ankara ne peuvent que constater que la condition posée par l'Union à la Turquie pour un bon déroulement du processus de négociation n'a pas été respectée. L'Europe lui demandait d'étendre son union douanière aux dix pays devenus européens en 2004, - dont Chypre que la Turquie ne reconnaît pas, ce qui pose donc problème. Or pour Ankara, le pas équivaudrait à une quasi-reconnaissance de la partie grecque de l'île divisée depuis 1974. Un geste qui, en politique intérieure turque s'avère très difficile à quelques mois des élections législatives. D'autant que l'enthousiasme en faveur de l'Europe baisse et que Chypre refuse tout geste d'apaisement.

Les avertissements finlandais et allemands vont se concrétiser le 6 décembre, lorsque la Commission européenne dira s'il faut oui ou non poursuivre les négociations avec Ankara, et si oui comment?

C'est ensuite que le jeu européen pourrait se compliquer. Il semble clair à tous qu'il est difficile de continuer à discuter avec les Turcs sans marquer le coup, mais les capitales des Vingt-Cinq sont divisées sur l'étendue du gel qui pourrait frapper les pourparlers d'adhésion.