Négociations

Entre Bruxelles et Londres, les choses sérieuses commencent

Après s’être accordés le 19 juin sur la méthode de discussion et le calendrier, Londres et l’UE sont entrés hier dans le cœur des négociations et cela durant quatre jours. Parmi les sujets qui fâchent: les droits accordés aux citoyens, le rôle de la Cour de justice européenne et la facture à payer

Le plus dur commence. Un mois après avoir officialisé le lancement des pourparlers, les négociateurs respectifs sur le Brexit pour l’UE et le Royaume-Uni, Michel Barnier et David Davis, ont ouvert hier à Bruxelles quatre nouvelles journées de discussion sur les termes de leur divorce, effectif en théorie à la fin mars 2019.

L’UE doit composer avec plusieurs inconnues

Jusqu’au 20 juillet, les deux parties devront tenter de rapprocher leurs positions sur les droits des citoyens européens vivant au Royaume-Uni et les citoyens britanniques résidant dans l’UE, sur le règlement des obligations financières ainsi que sur la question irlandaise. Elles discuteront aussi des autres sujets de séparation, comme la gouvernance et le rôle de la Cour de justice européenne ou la sécurité nucléaire après le départ du Royaume-Uni d’Euratom.

Lundi matin, c’est tout sourire que les deux hommes ont lancé le second round mais les positions de départ n’en demeurent pas moins éloignées. Et l’UE doit composer avec plusieurs inconnues: si la Commission européenne a déjà publié plus de neuf documents de négociations, Londres n’en a publié que cinq à ce jour et rien encore sur la question du règlement financier, l’une des plus explosives.

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Divergence sur le rôle de la Cour de justice européenne

Le 12 juillet, Michel Barnier s’en était d’ailleurs ému, appelant ses homologues à dévoiler toutes leurs cartes. Il existe aussi des divergences de taille sur les positions déjà connues, comme les droits des citoyens. Londres veut les faire dépendre des tribunaux britanniques et respecter par ceux-ci. L’UE, elle, ne conçoit pas que la Cour de justice européenne ne soit pas la seule garante de ces droits. Le 12 juillet, le Français avait aussi souligné à quel point l’offre britannique donnait moins de droits aux citoyens concernés que l’offre de l’UE, notamment sur le rapprochement familial.

D’une manière générale, les deux parties n’envisagent pas du tout de la même manière le rôle de la Cour de justice européenne, les Britanniques souhaitant que la compétence de cette dernière cesse dès le jour du Brexit. Sur le coût du divorce, l’UE a détaillé très minutieusement et cela il y a déjà plusieurs semaines la méthodologie de calcul. L’UE veut notamment prendre en compte les engagements budgétaires du Royaume-Uni dans les différents programmes européens. Londres n’a dévoilé aucune carte sur ce sujet.

Désordre politique interne

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson avait dit la semaine dernière que l’UE pouvait «toujours courir» pour sa facture. David Davis a certes depuis reconnu que Londres devait s’acquitter d’obligations financières, mais rien de concret n’a encore été soumis. Quant à l’Irlande, autre sujet hautement sensible, l’UE reste dans le brouillard.

Il y a encore un autre paramètre à gérer par l’UE: le désordre politique interne de la partie d’en face. Si David Davis est venu à Bruxelles entamer le second «round», il est rapidement reparti, laissant ses équipes gérer les débats. En cause? La «guerre» interne, croyait savoir hier le Financial Times, et les élans du ministre des Finances Philip Hammond contre les tenants d’un Brexit dur. Instable ou désinvolte, la partie britannique? Ce départ rapide était prévu, a assuré une source européenne. «Ça ne change donc rien.»

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«L’heure tourne»

Loin des tourments londoniens, l’UE espérait en tout cas lundi pouvoir engendrer des progrès réels pendant ces quatre jours car, comme Michel Barnier le martèle, «l’heure tourne», l’ensemble des négociations, y compris sur la future relation bilatérale, devant être bouclé à l’automne 2018 et les envolées de Boris Johnson n’y changeront rien.

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