Le «mur» fait partie des «questions délicates». Difficile d'être plus laconique que George Bush l'a été mardi, au côté d'Ariel Sharon, quand il a dû parler – forcément – de la barrière de sécurité dont le gouvernement israélien poursuit l'édification autour des territoires palestiniens. Le président américain a quand même ajouté qu'à long terme, des progrès vers la paix devraient rendre une telle installation inutile. Autre manière de dire que le «mur» (Israël n'utilise jamais ce mot) ne pourra pas être une installation permanente. Ces bémols attendus étaient cependant marginaux dans la brève conférence de presse que les deux hommes ont tenue après leur huitième rencontre à la Maison-Blanche. L'essentiel de ce qui a été dit concernait les besoins de la sécurité israélienne, la solidarité entre les deux Etats et la nécessité de «démanteler les organisations terroristes». Quinze mois avant une élection décisive aux Etats-Unis, ces propos publics étaient inévitables.

Route tortueuse

La mise en scène avait autant d'importance. Même décor que pour la visite de Mahmoud Abbas, le premier ministre palestinien, vendredi dernier. Deux courtes déclarations aussi, et quelques questions vite abrégées. L'Administration américaine a deux partenaires au Proche-Orient, l'un choisi, l'autre traditionnel, qu'elle tente de rapprocher. Abbas est un «homme sincère» – pas comme Yasser Arafat, évacué; Sharon est un proche dont on se méfie légèrement. Et le premier ministre israélien n'a pas marqué un point en mélangeant hier les feuilles de sa déclaration, ce qui faisait apparaître sa vision de la marche vers la paix comme une route particulièrement tortueuse.

La barrière de sécurité israélienne n'est jamais mentionnée dans la «road map», ce plan commun aux Européens, aux Russes, à l'ONU et aux Etats-Unis pour ouvrir une nouvelle voie aux pourparlers de paix. Sa construction a pourtant commencé il y a un an. Mais c'est devenu un «problème» aux yeux des Américains – comme George Bush l'a dit devant Mahmoud Abbas – au moment où ils ont compris que le tracé de cette protection, jamais publié, était peu à peu déplacé vers l'est pour englober de plus en plus de terres palestiniennes (10 à 12%). Officiellement, la barrière doit empêcher l'infiltration en Israël de porteurs de bombes. D'un point de vue palestinien, le mur a un tout autre sens: il cherche à rattacher à Israël les colonies les plus importantes, en créant une continuité territoriale. Le problème est devenu d'autant plus aigu que la barrière, dans les zones les plus sensibles, sépare des villages de leurs champs cultivables ou de la ville palestinienne voisine; certains se retrouvent franchement isolés du côté israélien.

Les Américains ont commencé par parler discrètement aux gouvernants israéliens de ce «problème», par exemple Condoleezza Rice lors de son récent voyage à Jérusalem. Le président y a fait vendredi publiquement allusion pour la première fois. «Il est très difficile, avait-il dit, de développer la confiance entre les Palestiniens et Israël avec un mur qui serpente à travers la Cisjordanie.»

Mais pour le moment, le mur entre les deux amis n'est pas très haut. Ariel Sharon a dit hier, devant George Bush, que la construction de la barrière se poursuivrait «en minimisant au maximum les empiétements dans la vie quotidienne de la population palestinienne» (151 millions de dollars viennent d'être débloqués à cet effet). Et l'Américain a répété, après l'annonce de 540 libérations de prisonniers, dont 210 militants islamistes, que les «tueurs» devaient rester en prison. Le premier ministre a aussi fait allusion, sans plus de précision, aux avant-postes près des implantations qu'il s'est engagé à démanteler. Mais Sharon, il y a cinq ans, était le principal avocat de ces minicolonies qui devaient matérialiser la présence israélienne sur toutes les collines.

George Bush et Ariel Sharon ne sont en fait à l'unisson que quand il s'agit de condamner les organisations palestiniennes extrémistes. Ils somment ensemble Mahmoud Abbas de dissoudre ces groupes et d'en arrêter les responsables, sachant que le Palestinien n'en fera rien. Plutôt que de provoquer un combat fratricide, Abbas a négocié une trêve qui tient depuis un mois. Pour combien de temps encore? Ariel Sharon, dit-on, est venu à la Maison-Blanche avec des documents prouvant que le Hamas teste de nouvelles roquettes. Et dans un article que vient de publier le quotidien arabe Al Ayat, les responsables islamistes ne cachent pas qu'ils trouvent complètement vains les efforts du premier ministre palestinien.