«La manière dont nous gérons la zone euro me préoccupe. Nous ne devons pas attendre systématiquement les décisions des chefs d’Etat ou de gouvernement. Certains d’entre eux ne jugeaient pas nécessaire que je m’exprime ici. C’est aussi le problème.» Auditionné ce lundi après-midi à Strasbourg en séance plénière du Parlement européen, le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker a confirmé les vives tensions au sujet des réformes politiques à mettre en œuvre pour une gouvernance économique crédible au sein des dix-sept pays de la monnaie unique, et à propos des manœuvres conjointes franco-allemandes.

A l’inverse de l’Allemagne et de la France, prêtes à proposer lors du sommet des 17 et 18 octobre un nouveau dispositif intergouvernemental qui serait dirigé par l’actuel président du Conseil européen Herman Van Rompuy, un grand nombre d’eurodéputés souhaitent un renforcement des prérogatives de la Commission européenne. Principal partisan de la méthode communautaire, l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, président du groupe libéral, estime notamment que le commissaire chargé des Affaires économiques devrait à l’avenir occuper ce rôle de premier plan, avec des compétences élargies similaires à celles du commissaire chargé de la Concurrence, dont les services peuvent infliger des sanctions aux Etats et aux entreprises sans aucun vote ou consultation préalable.

Ces divergences de vues entre les capitales et le Parlement européen interviennent alors que le déblocage d’une nouvelle tranche d’aide à la Grèce de 8 milliards d’euros n’est toujours pas acquis, malgré les discussions ce lundi entre le premier ministre grec et la chancelière allemande Angela Merkel. Venu à Berlin défendre «l’effort surhumain» de ses compatriotes, George Papandreou n’a pas réussi à convaincre les autorités allemandes d’aller au-delà des décisions prises lors du sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement de la zone euro le 21 juillet. Berlin bloque toujours l’augmentation de la capacité d’emprunt du Fonds de stabilisation financière européen (EFSF) – une des questions clefs pour convaincre les marchés financiers de la capacité de l’UE à répondre aux défis de la crise et aux problèmes de ses banques trop exposées aux dettes souveraines des pays en difficulté. Le porte-parole de la chancelière a affirmé mardi qu’il y «avait une unité parfaite au sein du gouvernement» pour maintenir en l’état l’EFSF, alors que circulent des spéculations sur son renforcement.

A tous égards, cette semaine s’annonce à nouveau cruciale pour la zone euro, de nouveau critiquée lundi par le président américain Barack Obama, de plus en plus agacé par les atermoiements des Européens face à leurs problèmes de dettes. Après l’audition de Jean-Claude Juncker aujourd’hui, le Parlement européen entendra mardi le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso prononcer son discours annuel très attendu sur «l’Etat de l’union» lors duquel celui-ci devrait plaider à la fois pour l’entrée en vigueur unilatérale, au niveau de l’UE, d’une taxe sur les transactions financières et la mise en œuvre d’obligations européennes, les fameux «eurobonds». Le parlement allemand doit ensuite, jeudi, voter sur la réforme du Fonds de soutien financier destiné à lui permettre d’acheter des obligations d’Etat pour soulager la Banque centrale européenne (BCE). Les ministres des Finances de la zone euro, qui se réunissent à Luxembourg les 3 et 4 octobre, devront enfin rediscuter de la nouvelle tranche d’aide à la Grèce, à hauteur de 8 milliards d’euros. Seul le versement de cette sixième tranche de l’aide de 110 milliards d’euros allouée en mai 2010 à la Grèce par ses partenaires européens et le Fonds monétaire international (FMI), conditionné à un avis positif des experts de la «troïka» (BCE, FMI, Commission européenne) sur l’avancement des réformes, lui permettra d’éviter la faillite.