Alliance

Entre Donald Trump et Emmanuel Macron, les dessous de l’entente cordiale

Le président français sera reçu durant trois jours avec tous les honneurs par son homologue américain à Washington. Un accueil dont les deux hommes espèrent chacun tirer parti

Il fallait un symbole, un lieu pour sceller la fameuse alliance historique entre la France et les Etats-Unis, qu’Emmanuel Macron a de nouveau soulignée dans un entretien (en anglais) avec la chaîne de télévision Fox News, diffusé dimanche à son arrivée.

Avant de se rendre à la Maison-Blanche mardi puis de s’exprimer mercredi devant le Congrès, le chef de l’Etat français sera donc convié lundi soir à un dîner privé avec son épouse dans la résidence de George Washington à Mount Vernon en Virginie. George Washington, que le marquis de La Fayette considérait comme son «père adoptif» au point d’en faire le parrain de son fils, qu’il baptisa du même prénom. Difficile, dans un pareil décor, de ne pas considérer Paris comme le meilleur allié européen de l’Oncle Sam et de son président, Donald Trump. L’histoire, au moins, a l’avantage de ne pas se résumer en tweets de quelques centaines de signes, dont Donald Trump a fait l’épine dorsale de sa présidence.

«Pas si dissemblables»

Le 14 juillet 2017, Emmanuel Macron avait, lui, choisi le restaurant Jules Verne de la tour Eiffel pour dîner avec son homologue américain, invité d’honneur du défilé militaire du Bastille Day. Depuis, le locataire de la Maison-Blanche a exigé de son état-major une parade similaire pour le 4 juillet, fête de l’indépendance américaine. L’axe Macron-Trump, qui semblait si peu probable après la décision du président des Etats-Unis de retirer son pays de l’Accord de Paris sur le climat a-t-il trouvé là son ciment, entre fromage et dessert?

«Les deux hommes ne sont pas aussi dissemblables qu’il y paraît pronostiquait, de retour pendant la campagne présidentielle française, l’éditorialiste Harold Hyman, auteur de Tribus américaines (Ed. Nevicata). La culture du résultat de Trump plaît à Macron. Tous deux se réfèrent d’ailleurs sans cesse à leurs promesses de campagne.» Côté français: un ex-banquier d’affaires habitué à répondre aux exigences de ses clients. Côté américain: un ex-promoteur habitué à charmer les acheteurs de ses complexes immobiliers.

Macron pense que Trump lui fait confiance et qu’il peut donc devenir son interlocuteur privilégié en Europe.

Un ancien ambassadeur de France

L’agenda politique et diplomatique des deux hommes, a priori, n’a pourtant rien en commun. Ces derniers jours, les conseillers d’Emmanuel Macron ont d’ailleurs multiplié les avertissements off aux journalistes pour expliquer que les «divergences demeurent» entre Paris et Washington. Malgré l’unité de vue affichée sur la Syrie, pour la riposte commune contre le régime de Bachar el-Assad accusé d’avoir recouru aux armes chimiques.

Divergence sur la lutte contre le réchauffement climatique, sur lequel «une marge de manœuvre» existe toujours pour éviter le clash avec la Maison-Blanche, selon l’Elysée. Divergence, surtout, sur l’accord nucléaire conclu en avril 2015 avec l’Iran à Lausanne, que l’actuelle administration américaine ne cesse de dénoncer et que la France veut sauver. Divergence, enfin, sur l’agenda protectionniste de Donald Trump, et sur sa vision de l’Union européenne, dont il a toujours dit ouvertement penser le plus grand mal. Que reste-t-il alors? «Il reste une chose centrale: la confiance. Macron pense que Trump lui fait confiance et qu’il peut donc devenir son interlocuteur privilégié de ce côté de l’Atlantique, estime un ancien ambassadeur de France. Entre la chancelière allemande, Angela Merkel, que Donald Trump a plusieurs fois snobée voire critiquée, et la première ministre britannique, Theresa May, avec qui le courant ne passe pas, «Emmanuel» pense avoir un boulevard…»

Chorégraphie familiale

Le protocole de cette visite dit l’objectif: Emmanuel Macron sera le premier dirigeant étranger accueilli par Donald Trump pour une visite d’Etat. La chorégraphie familiale ayant une importance particulière, les premières dames joueront aussi une partition décisive. En juillet 2017, Brigitte Macron avait escorté Melania Trump pour une promenade sur la Seine, puis à Notre-Dame. L’épouse du président français avait même souri aux remarques assez rudes du président américain. Dix-sept ans séparent il est vrai les deux épouses, la Française étant née en 1953 – sept ans après Donald Trump – et l’Américaine d’origine slovène en 1970.

Rapport de force

Le plat de résistance de ces trois jours américains d’Emmanuel Macron sera, au fond, très politique. En novembre 2017, celui-ci avait fait la une du magazine Time, sous le titre: «The next leader of Europe… If only he can lead France (Le prochain leader de l’Europe… si seulement il parvient à diriger la France)». L’interrogation contenue dans cette formule demeure. Un diplomate français familier des affaires de défense confirme: «La Syrie, c’est presque du passé. Trump a laissé les Français opérer symboliquement la première frappe, et les deux présidents se sont parlé presque chaque soir, mais à la Maison-Blanche, tous les regards sont braqués sur l’Iran et la Corée du Nord.»

Or sur ces deux dossiers, Emmanuel Macron va devoir démontrer ce qu’il peut apporter dans la balance. Fait intéressant: le think tank conservateur américain The Heritage Foundation a récemment envoyé à Paris un de ses cadres pour sonder l’Elysée et le Quai d’Orsay… sur la Chine. «Trump raisonne uniquement en termes de rapport de force, poursuit notre interlocuteur. Pour lui, la question n’est pas: Emmanuel est-il d’accord? Mais: comment faire pour qu’Emmanuel ne me complique pas trop la tâche?» Les tweets trumpiens donneront ces jours-ci un début de réponse.

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