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A l'Elysée le 22 juin 2017. Lorsque Nicolas Hulot était encore dans l'équipe gouvernementale.
© AFP / CHRISTOPHE PETIT-TESSON

France

Entre les Français et le gouvernement, le fossé se creuse

Après la démission de Nicolas Hulot, rares sont les membres du gouvernement à pouvoir incarner les réformes et la modernité voulues par Emmanuel Macron. Lequel crée la polémique en parlant des Français comme des «Gaulois réfractaires au changement»

Le président français Emmanuel Macron provoque une nouvelle polémique en évoquant les Français sous forme de «Gaulois réfractaires au changement». Les oppositions de droite comme de gauche crient au mépris.

Mercredi soir à Copenhague, Emmanuel Macron a dit: «Il ne s'agit pas d'être naïf, ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n'est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement! Encore que! Mais nous avons en commun cette part d'Européens qui nous unit.»

Exit le super-ministre, à la fois présumé populaire, ni de gauche ni de droite, unanimement crédité d’une solide expérience de terrain. Et bonjour la morosité d’une rentrée politique placée, en France, sous le signe d’une défiance croissante envers le gouvernement, la majorité et Emmanuel Macron lui-même.

Deux jours après la démission surprise de Nicolas Hulot, ses anciens collègues ministres se retrouvent face à une équation toujours plus compliquée. La croissance économique pique du nez (l’objectif de 1,8% devrait être révisé à la baisse). 85% des Français – selon un sondage Elabe/l’Opinion – ne les jugent «pas à la hauteur». Et 52% estiment qu’un remaniement «de grande ampleur» serait bienvenu. «L’embellie» macronienne est décidément bien achevée.

Notre éditorial après la démission de Nicolas Hulot: L’écologie, cette fatalité française

Ambiance morose

Sur le fond, cette morosité gouvernementale correspond à la réalité. Seul l’ancien animateur de télévision conservait, malgré les accusations de harcèlement sexuel portées contre lui, un fort potentiel médiatique. Nicolas Hulot parti – qui plus est en claquant la porte et en portant un jugement très négatif sur l’impuissance écologique du gouvernement – le ministre le mieux connecté avec l’opinion est le très raide Jean-Michel Blanquer, chargé de l’Education nationale.

Un ministre crédité, comme son ex-collègue responsable de la Transition écologique, d’une vraie connaissance des dossiers et d’une volonté réelle de les faire avancer (il a fait sa carrière au sein du ministère), mais dont le profil technicien limite l’audience: «Rappelez-vous du tout premier gouvernement Macron, constitué tout juste après son élection à l’Elysée, souligne un ex-conseiller présidentiel. François Bayrou, nommé à la Justice, incarnait le vieux monde politique. Hulot, à l’Ecologie, incarnait la société civile. Edouard Philippe, à Matignon, et Bruno Le Maire aux Finances symbolisaient le ralliement d’une partie de la droite. Or, qui reste? Les deux derniers, et leurs mesures budgétaires impopulaires.»

Retrouvez tous nos articles sur l'actualité française.

Gouvernement de techniciens

Dans les faits, le verdict des seize premiers mois du quinquennat est limpide: c’est un gouvernement de techniciens plutôt conservateurs et dénués de charisme qui dirige la France. Les deux poids lourds venus du Parti socialiste, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et celui de l’Intérieur, Gérard Collomb, sont englués dans le quotidien de leur fonction. Avec en plus, pour le second, l’ancien maire de Lyon, une bonne dose d’impopularité liée à son attitude d’extrême dureté dans le dossier des migrants, et aux remous de la récente affaire impliquant Alexandre Benalla, l’ex-garde du corps du président.

Oublié donc, le supposé flanc gauche. Tandis que, sur le terrain social, l’efficace ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et la discrète ministre de la Justice, Nicole Belloubet, se comportent surtout en techniciennes, occupées à déminer les conflits à la SNCF ou au sein de l’administration pénitentiaire. Sans parler des difficultés de la ministre «d’ouverture» de la Culture, l’éditrice Françoise Nyssen, soupçonnée d’avoir couvert des irrégularités foncières commises par son entreprise familiale, Actes Sud.

Popularité en baisse

Ce constat, en théorie, pourrait plaider pour un remaniement substantiel. Le séminaire gouvernemental de rentrée, prévu ce vendredi, a d’ailleurs été reporté à la semaine prochaine, laissant quelques jours de réflexion à Emmanuel Macron – qui rentre de Scandinavie ce jeudi soir – et à son premier ministre, Edouard Philippe, ex-fidèle d’Alain Juppé. Mais qui convaincre de rejoindre cette équipe, alors que le fossé social se creuse entre Macron et les classes populaires, et que la volonté d’avancer vite dans les réformes (d’ici à la fin 2019, avant l’échéance des municipales de 2020) exige plutôt des profils de ministres-techniciens, sans bagage ni contrainte politiques?

Au plus bas depuis le début du mandat (environ 40% d’opinions favorables), la popularité d’Emmanuel Macron est un autre écueil. Le président a notamment besoin de démontrer qu’il garde le contact avec les classes moyennes et les retraités, inquiets de la baisse de leur pouvoir d’achat. Les vacances de Monsieur Hulot ne seront pas de tout repos pour l’Elysée.

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