Emmanuel Macron peut continuer de jouer avec les nerfs du premier ministre français Manuel Valls. Au moins pour le moment. «Je n’en dirai pas davantage» a plusieurs fois répété le président François Hollande après avoir redit devant la presse, lors de son traditionnel entretien post-défilé militaire du 14 juillet, la règle de «solidarité» qui incombe aux membres de l’équipe au pouvoir.

«Chacun est informé, si cette règle n’est pas respectée, il y aura des conséquences» a poursuivi le locataire de l’Elysée, en direct du palais présidentiel. Belle ambiguïté qui ressemble fort à un camouflet pour son chef du gouvernement de plus en plus énervé par l’échappée solitaire du jeune ministre de l’Economie. «Il n’y a pas de place pour une démarche personnelle, et encore moins pour une démarche présidentielle» a expliqué François Hollande, bottant en touche dès le début de son entretien, et rappelant ainsi à Manuel Valls que celui-ci restera jusqu’au bout tributaire de ses choix. A chacun donc, d’en tirer les conséquences. Toujours obsédé par sa marge de manœuvre à moins d’un an des élections présidentielles de mai 2017, le président français, chef des armées, n’a donc pas remis au garde à vous son ministre mutin. Les zigzags préalables à une future candidature sont à l’évidence plus importants pour lui que la cohérence gouvernementale. D’autant qu’en prédisant une «inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année» – même si celui-ci a nettement augmenté en valeur absolue – François Hollande se replace plus que jamais dans la course, sur laquelle il prendra sa décision en décembre.


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Commandant mou

Après avoir descendu les Champs Elysées puis pris place à la tribune d’honneur place de la Concorde, François Hollande avait de nouveau ce jeudi matin revêtu son costume de chef de guerre, devant les troupes, y compris celles de son meilleur acheteur d’armes: l’Australie, avec laquelle Paris a signé en mai un contrat de 34 milliards d’euros pour la fourniture de 12 sous-marins. Mais à l’issue de ce défilé militaire sur lequel plane le souvenir des attentats du 13 novembre 2015, le «soldat Macron» est donc laissé libre de ses mouvements, et le général Hollande de nouveau perçu comme un commandant en chef mou et calculateur. Au risque de creuser un peu plus la guerre de tranchées au sein d’une gauche gouvernementale fracturée, devant une droite à demi amusée, car l’offensive macronesque, si elle réussit, promet de rafler pas mal de voix au centre…

Difficile, dès lors, de ne pas ressentir l’impression d’un coup monté. François Hollande, dans le rôle d’un chef d’Etat plus cynique que jamais, pressé de ne pas se couper des voix des sympathisants d’En Marche!, le mouvement lancé par son ministre de l’Economie qui réunissait mardi soir son premier meeting public à Paris. Emmanuel Macron, parce qu’il se retrouve ce 14 juillet 2016 encore plus soupçonné d’être, malgré ses appels à la «refondation» et son rejet du clivage droite-gauche, le sous-marin d’une dissuasion électorale pilotée… depuis l’Elysée. La monarchie républicaine française est décidément le théâtre, ces jours-ci, d’un bien étrange ballet.