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Entre la justice française et l’ex-Front national, la guerre est déclarée

Le parti de Marine Le Pen crie à la manœuvre politique après la décision de la justice française de saisir 2 millions d’euros d’aides publiques qui lui étaient destinés

Feu à volonté sur les juges «de gauche» et «d’extrême gauche». Depuis la décision de la justice française – révélée ce week-end par le Journal du Dimanche – de saisir par avance 2 millions d’euros d’aides publiques qui lui étaient destinés dans le cadre de l’enquête sur les détournements de fonds du parlement européen de 2012 à 2016, le Rassemblement national crie à la manipulation et à l’assassinat politique.

L’ex-FN, premier parti de France depuis le score historique de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 (33,9% des voix et 10 millions de suffrages), estime infondée l’action judiciaire qui a entraîné le 26 juin la suspension d’un paiement prévu d’aides publiques, basées sur ses résultats électoraux. Le parti d’extrême droite est subventionné par l’Etat français à hauteur de 4,5 millions d’euros par an au titre de sa représentation au Parlement de Strasbourg, où il constitue la première délégation française avec 24 eurodéputés élus en juin 2014. Sur la totalité de la législature, le RN aura perçu 22 millions d’euros.

Mise en examen de treize membres

La décision des juges français suit la mise en examen de treize élus ou ex-élus du Rassemblement national et du parti lui-même, inculpé en décembre 2017 pour «complicité et recel d’abus de confiance» dans le cadre de l’enquête sur des emplois fictifs présumés d’assistants de députés européens FN. Le FN est suspecté d’avoir siphonné les fonds de l’Union européenne pour ses activités en France, y compris l’emploi de chauffeurs ou de gardes du corps…

Au total, le Parlement de Strasbourg aurait subi un préjudice estimé à 7 millions d’euros. Une somme dont l’institution réclame le remboursement intégral à la formation nationaliste, autour de laquelle s’est constitué le groupe Europe des nations et des libertés (ENL) présidé par Marine Le Pen (35 eurodéputés). Le Parlement européen avait par ailleurs levé en 2017 l’immunité de la présidente du RN pour une affaire de diffamation à l’encontre du maire de Nice, Christian Estrosi (droite), qu’elle avait accusé de fermer les yeux sur le financement d’organisations islamiques après l’attentat du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais.

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Une colère très politique

La colère du Rassemblement national est très politique. Elle a aussi pour but, en présentant le parti comme une victime des juges, d’apaiser la polémique sur le train de vie de ses élus, en contradiction totale avec l’engagement présumé de la formation aux côtés des classes populaires. Plusieurs dirigeants du parti – dont Nicolas Bay pressenti comme tête de liste aux prochaines européennes de 2019 – sont accusés de s’être montrés très dépensiers, avec des déjeuners à plusieurs centaines d’euros par personne dans des restaurants parisiens huppés. Le Parlement européen, toujours lui, réclame 500 000 euros de remboursement au groupe ENL pour des dépenses injustifiées, tels des cadeaux, des bouteilles de champagne coûteuses et ces dîners luxueux. Les intéressés ont aussitôt démenti, justifiant leurs dépenses par la nécessité de leur activité diplomatique.

Sur le plan politique, ces difficultés judiciaires risquent de conforter au sein du Rassemblement national les opposants à Marine Le Pen et à ses proches, dont son compagnon Louis Aliot, député de Perpignan. Aucun commentaire n’a par exemple été fait à ce stade par la nièce de la présidente du RN, Marion Maréchal-Le Pen, passée dans le secteur privé et aujourd’hui occupée au lancement, en septembre, d’une nouvelle école des sciences politiques à Lyon. L’avocat Wallerand de Saint-Just, trésorier du Rassemblement national, a protesté ce week-end contre «cette mise à mort» du premier parti de France, tandis que Marine Le Pen lançait un «appel aux dons» pour alimenter les caisses de sa formation qui revendique 80 000 adhérents, compte huit députés nationaux, environ 350 conseillers régionaux et contrôle une dizaine de villes moyennes. Le fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen, 90 ans, a accusé ces jours-ci des problèmes de santé. Ce qui a précipité sa réconciliation avec ses trois filles: Marie-Caroline, Yann et Marine.

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