Les hauts sommets blanchissent de jour en jour dans le dédale grandiose des montagnes de l’ancien royaume du Ladakh, aux confins de l’Himalaya. Bientôt, la neige condamnera les cols carrossables, où les drapeaux de prière bouddhistes claquent au vent, à 5000 m d’altitude. Habitées par les nomades et les yacks, les vallées de l’est du Ladakh, qui jouxtent la frontière disputée avec la Chine, seront coupées du monde. Elles se refermeront sur les 50 000 soldats indiens envoyés en renfort, depuis cinq mois, pour contenir les incursions chinoises. Ces derniers campent en altitude dans des conditions extrêmes pour défendre leurs périmètres, face à l’Armée populaire de libération chinoise, qui bénéficie de bases arrière plus accessibles. Au cœur des tensions miroite, à 4200 m, le joyau turquoise du lac Pangong, cerclé de massifs désertiques, et devenu l’un des enjeux décisifs de ce bras de fer militaire sur le toit du monde.

Déploiement logistique hors norme

«Les Chinois veulent nous prendre Pangong et le Ladakh!» s’insurge Sonam Ishey, l’épicier de Sakti, village niché au pied d’un monastère. «Mais notre armée est forte. Il n’y aura pas la guerre.» Depuis cet été, les habitants de ce dernier village avant le col de Chang-La, qui mène au lac et dont l’accès est interdit aux journalistes, voient défiler les convois militaires, chargés d’acheminer aux troupes vivres et matériel pour l’hiver, dans un déploiement logistique hors norme. Le ciel de Leh, la capitale du Ladakh dotée d’un aéroport, est quant à lui traversé par des hélicoptères de combat et des avions de chasse, auxquels se greffent parfois les premiers Rafale fraîchement acquis de la France. «On a eu peur, au début, mais on s’est habitué à tous ces mouvements», souffle l’épicier de Sakti.