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Des activistes gonflent à ballon à l'effigie de Donald Trump à l'occasion de la visite du président américain à Londres.
© Isabel Infantes/AFP Photp ©

Diplomatie

Entre Londres et Washington, une relation bien peu spéciale

Après s’en être pris directement à Londres à plusieurs reprises, le président des Etats-Unis arrive pour sa première visite au Royaume-Uni

Pour le Royaume-Uni, qui ressasse en permanence sa soi-disant «relation spéciale» avec les Etats-Unis, la première visite officielle de Donald Trump, qui arrive à Londres ce jeudi, débute sous les plus mauvais auspices. D’importantes manifestations vont recevoir le président américain, y compris un ballon géant en forme de «bébé Donald Trump en colère», qui doit flotter près de Westminster. Pour éviter les protestataires, le président américain va rester le moins possible au centre de Londres et se déplacer essentiellement en hélicoptère.

Lire aussi: Trump tord le bras de l’OTAN

Le voyage, politiquement très sensible, a dû être reporté à plusieurs reprises. De «visite d’Etat», protocolairement la plus élevée, il est devenu simple «visite officielle», afin de limiter les risques. Il n’est plus question de remonter en carrosse le Mall rejoignant Buckingham Palace, comme l’ont fait par le passé de nombreux chefs d’Etat.

Le Brexit était pourtant «fantastique»

En toute logique, Donald Trump devrait pourtant être un invité parfait pour le gouvernement britannique. Il soutient ouvertement le Brexit. «Ce sera fantastique», déclarait le candidat Trump au lendemain du référendum, par hasard en déplacement au Royaume-Uni ce jour-là. Il a répété plusieurs fois qu’il était favorable à un accord de libre-échange entre Londres et Washington, ce dont les partisans du Brexit rêvent. Et à titre personnel, il aime l’Ecosse, où est née sa mère (et où il possède deux golfs), et il adore la reine, que sa mère adulait.

De quoi théoriquement faire de lui un des piliers de la «relation spéciale», après Churchill et Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale, Thatcher et Reagan dans les années 1980, et Blair et Bush dans les années 2000.

La réalité est tout autre. «Sur la scène internationale, notre pays est affaibli par le Brexit, explique Nigel Sheinwald, ancien ambassadeur britannique à Washington. Et juste au moment où nous voudrions nous appuyer un peu plus sur l’OTAN, on a Donald Trump qui déstabilise l’ordre établi…»

Des tweets qui laissent des traces

«De même, sur les négociations du Brexit, un président américain en temps normal pourrait mettre la pression sur les Européens pour nous aider à trouver un bon accord», ajoute Nigel Sheinwald. Mais étant donné les relations exécrables que Donald Trump a nouées avec Angela Merkel et les instances européennes, un coup de pouce est hors de question.

On doit dire très clairement à Donald Trump: nous vivons dans une société multiculturelle et nous en sommes fiers

Jeremy Corbyn, le leader des travaillistes

A cela s’ajoutent les tweets incendiaires que le président américain a envoyés à plusieurs reprises contre le Royaume-Uni. Juste après l’attentat de London Bridge, il s’en est pris au maire de Londres, Sadiq Khan, détournant hors de son contexte l’une des phrases de ce dernier: «Au moins sept morts et 48 blessés dans l’attentat et le maire de Londres dit qu’il n’y a pas de raison de s’alarmer.»

Quelques mois plus tard, il a relayé sur le même réseau social un message venant de Britain First, un groupuscule britannique d’extrême droite. En mai, face à une réunion de la National Rifle Association, le lobby des armes, il avait lancé cette incroyable attaque, qui faisait suite à une série noire de meurtres au couteau à Londres: «J’ai récemment lu un article selon lequel à Londres, qui a des lois anti-armes à feu incroyablement dures, il y a un hôpital prestigieux qui est comme dans une zone de guerre à cause d’horribles blessures au couteau. Oui, c’est vrai, ils n’ont pas de pistolets; à la place, il y a du sang partout sur le sol de l’hôpital.»

«Je ne l’aurais pas invité»

Face à ces provocations, la première ministre Theresa May, qui est aussi réservée que Donald Trump est expansif, n’a pas su comment réagir. D’autant qu’en janvier 2017, aussitôt l’actuel président américain entré à la Maison-Blanche, elle avait commis l’erreur de se précipiter à Washington et de l’inviter immédiatement à une «visite d’Etat», protocolairement la plus élevée de toutes. L’opposition avait saisi l’occasion, l’accusant de brader ses valeurs démocratiques pour courtiser ce président très controversé. Jeremy Corbyn, le leader des travaillistes, estimait encore le mois dernier qu’il y avait «d’amples raisons» d’annuler la visite: «Je ne l’aurais pas invité. […] On doit dire très clairement à Donald Trump: nous vivons dans une société multiculturelle et nous en sommes fiers.»

Bien sûr, les apparences seront sauves pendant la visite. Ce jeudi, le président américain assistera à une cérémonie militaire avant un grand dîner avec une délégation d’affaires. Vendredi, il rencontrera en tête à tête la première ministre britannique dans sa résidence de campagne de Chequers et enfin, il verra la reine au château de Windsor, rencontre à laquelle il tenait beaucoup. Il partira ensuite en week-end privé en Ecosse. Mais derrière les amabilités, la visite sera compliquée.

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