La perche est tendue au Kremlin. Après l’annonce jeudi par Barack Obama du redéploiement du projet de bouclier antimissile Américain en Europe de l’est, le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen a affirmé à Bruxelles vouloir en tirer toutes les conséquences.

«Nous consacrons beaucoup trop d’énergie à ce qui nous divise. Un nouveau démarrage est nécessaire dans nos relations avec la Russie» a-t-il déclaré d’emblée à l’invitation de la fondation Carnegie. L’ancien premier ministre Danois, à la tête de l’Otan depuis le début août, prononçait là son premier grand discours. Ceci, au moment où les chefs d’Etat-Major des vingt-huit pays alliés sont actuellement réunis à Lisbonne, en présence du Commandant en chef de l’Alliance, l’amiral américain James Stavridis, et du patron de la force multinationale en Afghanistan, le général américain Stanley Mc Crystal.

Comme l’on s’y attendait, la décision prise par le Pentagone d’abandonner le projet de déployer des intercepteurs de missiles longue portée en Pologne, et une station radar en République Tchèque, ouvre une éclaircie dans le climat de «guerre froide» qui prévaut entre la Russie et les grands pays occidentaux depuis la guerre de Géorgie en août 2008. L’idée de M. Rasmussen – qui a reconnu avoir préparé son discours avec l’administration Américaine – est donc d’en profiter pour avancer dans trois directions: le renforcement de la coopération militaire existante avec Moscou, La mise en place d’une évaluation commune des risques et des menaces, et la remise sur les rails du conseil Otan-Russie. «La Russie est une grande puissance européenne. Nous avons besoin de comprendre ses intérêts stratégiques» a justifié M. Rasmussen.

Tout en répétant que le redéploiement attendu du bouclier antimissile Américain ne signifie «en aucun cas son abandon», le secrétaire général de l’Otan a proposé, sur le plan des opérations, «d’explorer les possibilités de lier la défense antimissile Russe avec celle des Etats-Unis». Il a aussi cité la coopération en Afghanistan, la lutte antiterroriste et la sécurité maritime, comme trois objectifs essentiels.

Preuve de la bonne volonté occidentale, M. Rasmussen n’a pas évoqué dans son discours le cas de la future adhésion à l’Otan de la Géorgie et de l’Ukraine, acceptée lors du sommet de l’Alliance à Bucarest, en avril 2008. Il a certes répété que cette décision ne serait pas remise en cause, et que l’intégrité territoriale des alliés constituait un principe essentiel, mais a évité soigneusement toute mention d’un calendrier pour cette future intégration que la Russie considère comme un casus-belli. Mieux: le secrétaire général de l’Otan s’est dit prêt à étudier la proposition faite par le président Russe Dmitri Medvedev d’une «nouvelle architecture de sécurité commune». Partisan d’engager cette réflexion, le président Français Nicolas Sarkozy avait la veille à Bruxelles jugé «excellente» la décision de M. Obama d’abandonner le projet de bouclier antimissile et plaidé «pour un nouvel espace de sécurité commun en en Europe».