Union Européenne

Entre Paris et Berlin, le chantage de la croissance

La détermination de François Hollande à réorienter l’Europe a de nouveau buté mercredi soir sur le scepticisme d’Angela Merkel

Il faudra attendre avant que François Hollande et Angela Merkel tiennent, à l’issue d’un sommet européen, une conférence de presse commune. Le dîner «informel» des chefs d’Etat ou de gouvernement, achevé vers une heure du matin jeudi à Bruxelles, a démontré combien le nouveau président français et la chancelière allemande restent, pour l’heure, sur des positions antagonistes.

Habitude des débuts de quinquennat, qui voient le nouveau locataire de l’Elysée toujours chercher à échapper au face-à-face avec l’Allemagne? Prudent, François Hollande s’est en tout cas efforcé de ne pas caricaturer l’opposition réitérée d’Angela Merkel aux «euro-obligations». «C’est pour elle un point d’aboutissement. Pour nous un point de départ», a-t-il expliqué.

D’autres signes ont néanmoins démontré combien le fossé franco-allemand à combler, d’ici au sommet européen des 28 et 29 juin supposé accoucher de décisions, est aujourd’hui profond. Le plus évident, lors de ce dîner que le président du Conseil européen Herman Van Rompuy avait souhaité «sans tabous», aura été l’isolement d’Angela Merkel. La chancelière commence à payer cash ses défaites électorales dans les Länder, la bonne entente entre le SPD et le gouvernement socialiste français, et le risque d’une débâcle économique généralisée en Europe sur fond de nouvelles élections législatives grecques le 17 juin.

Le social-démocrate allemand Martin Schulz, président du Parlement européen, s’est ainsi plu à rappeler, dès la fin de son entretien avec les vingt-sept dirigeants de l’Union, combien les exportations allemandes restaient dépendantes du marché communautaire.

François Hollande, lui, a souligné sa convergence de vues avec l’italien Mario Monti sur la recapitalisation des banques par les fonds de secours européens et sur la création d’une «Union bancaire» avec superviseur et fonds de garanties communs. Avant de rappeler que son élection est le produit «d’une envie d’alternance» que d’autres pourraient expérimenter. Référence directe aux élections allemandes de 2013.

La chancelière, pour sa part, manque aujourd’hui d’arguments pour justifier son credo de redressement impératif des finances publiques, à l’origine du «pacte budgétaire» dont François Hollande n’a toujours pas précisé comment il voulait le renégocier. «Elle a économiquement raison, mais cela ne suffit plus…» jugeait dans la nuit un ambassadeur. Juste. Les soutiens de Berlin, comme l’Autriche, la Finlande ou la Suède, pèsent peu dans le système.

Les Pays-Bas, autres partisans de l’orthodoxie budgétaire, voteront le 12 septembre et l’actuelle coalition libéraux-conservateurs est mal partie. L’absence de croissance rend enfin impossible de «vendre» les réformes aux opinions des pays en difficulté. «Il faut être Allemand ou Scandinave, aujourd’hui, pour croire qu’Angela Merkel a raison en Europe», résume le diplomate.

François Hollande, à l’inverse, a trois avantages qu’il a poussés lors de son premier sommet européen. Le premier est son tempérament, bien moins cassant que celui de Nicolas Sarkozy, donc plus propice à la recherche de compromis, y compris avec les pays du nord excédés par le laxisme français. Le second est son engagement, réitéré hier, à tenir la cible des 3% de déficit budgétaire pour 2013. Le troisième est son «intelligence de la situation».

Interrogé sur l’Allemagne, le nouveau président français s’est efforcé de nuancer les désaccords. Il a évoqué la «perspective pour les euro-obligations» plutôt que la création immédiate de ­celles-ci. Il s’est fait l’avocat de la construction européenne menacée par un double populisme, «celui du nord qui ne veut plus donner et celui du sud qui ne veut plus subir».

«Il sait qu’Angela Merkel a besoin du SPD pour faire ratifier, en juillet, le «pacte budgétaire», note un observateur. Le temps joue davantage pour lui.» Avec deux échéances en vue: un sommet à quatre (Italie, Espagne, France, Allemagne) en juin à Rome, puis le sommet européen des 28 et 29 juin où la croissance devra trouver sa place dans un texte, avec des chiffres et des instruments. Un texte qui ne sera toutefois «pas nécessairement un pacte», a précisé le nouvel hôte de l’Elysée, assez flou pour ne pas s’attirer un «Nein» ferme de Berlin.

La chancelière manque d’arguments pour justifier son credo de redressement des finances publiques

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