Russie

Entre Le Pen et Fillon, le Kremlin balance

Chagrinés du revers subi par le candidat de la droite, les médias du Kremlin reviennent vers la présidente du Front national, leur favorite initiale à la présidentielle française. Emmanuel Macron, perçu comme pas assez russophile, est vilipendé

Le Kremlin n’avait guère caché sa préférence pour Donald Trump durant l’élection présidentielle américaine. Dans le cas de la France, les mésaventures de son favori François Fillon (présenté par les médias russes comme l’ami de Vladimir Poutine) semblent lui faire regretter d’avoir un peu trop tôt abandonné Marine le Pen. Des articles parus dans la presse officielle témoignent d’un subit regain d’intérêt pour la candidate d’extrême droite, tandis que d’autres lancent des attaques contre le «troisième homme» Emmanuel Macron, dont la politique étrangère semble «moins russophile».

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Russia Today (RT), une chaîne télévisée et un site internet appartenant au Kremlin, a offert une couverture ample et chaleureuse au lancement de la campagne de Marine Le Pen. Une interview exclusive de Marion Maréchal-Le Pen figure en «une» des versions francophones et anglophones du site, où cette dernière insiste sur l’unité du FN. La version anglophone titre: «Le Front national est la seule force favorable à une Europe des Etats souverains.»

Retour de flamme pro-FN

Le Front national a été négligé par Moscou depuis la victoire inattendue de François Fillon à la primaire de la droite française. Très courtisé par un FN cherchant des appuis idéologiques, médiatiques et financiers à l’international, le Kremlin avait d’abord chaudement répondu à ces avances. En 2014, le FN avait obtenu un prêt de 9 millions d’euros d’une banque proche du Kremlin, peu après que Marine le Pen a déclaré son soutien à l’annexion de la Crimée par Moscou. Mais fin décembre 2016, alors que François Fillon caracolait en tête des sondages pour la présidentielle, Moscou exigeait le remboursement immédiat du crédit. Précisément au moment où Marine le Pen se disait en difficulté pour financer sa campagne.

Le retour de flamme pro-FN contraste avec une couverture glaciale d’Emmanuel Macron par Russia Today qui titre: «Emmanuel Macron comme candidat neuf et hors système – une escroquerie absolue.» Sputniknews.fr, l’agence de communication multilingue du Kremlin, en remet une couche avec un l’article titré «Assange: des révélations sur Macron dans les mails de Clinton». Il est mis en avant comme l’article le plus lu de l’édition française du site, avec 56 000 vues. Aucune révélation, mais des menaces rappelant l’ingérence supposée du Kremlin dans l’élection présidentielle américaine. Sputnik cite le fondateur de WikiLeaks: «Nous possédons des informations intéressantes concernant l’un des candidats à la présidence française, Emmanuel Macron. Les données proviennent de la correspondance privée de l’ex-secrétaire d’Etat américain, Hillary Clinton.»

«Nous la ferons élire!»

Les médias russophones du Kremlin ne sont pas en reste. Vesti titre «En cas de victoire à la présidentielle, Le Pen fera sortir la France de l’OTAN». Une douce musique pour un pouvoir russe rêvant de voir l’Alliance militaire rivale s’écrouler. «Marine Le Pen gagnera en France: nous la ferons élire!», s’est écrié le chef de file des nationalistes pro-Kremlin Vladimir Jirinovsky sur le plateau de l’émission politique phare de la première chaîne publique Rossia 1. D’une loyauté sans faille à l’égard de Vladimir Poutine, Vladimir Jirinovsky s’est fait une spécialité de verbaliser les désirs les moins politiquement corrects du Kremlin à l’intention de la frange la plus nationaliste de l’opinion publique russe.

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