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Bombes à fragmentation à l’intérieur d’un Tupolev. La Russie est accusée d’en avoir utilisé en Syrie.

Syrie

Entre Russes et Américains, face-à-face tendu dans le ciel syrien

Les Etats-Unis accusent la Russie d’avoir pris pour cible leurs alliés syriens dans le sud du pays. La Russie conteste

La semaine dernière a été sans doute l’une des plus tendues pour l’alliance tacite que maintiennent la Russie et les Etats-Unis en Syrie. Des bombardements surprises, des alliés syriens de Washington visés, puis une quasi-confrontation aérienne entre chasseurs bombardiers russes et américains… Il a fallu une vidéoconférence «extraordinaire» entre les deux capitales, ce week-end, sinon pour apaiser le climat, du moins pour mettre sur la table les différends.

Une provocation? Un simple malentendu? Jeudi dernier, dans un ciel syrien encombré d’avions militaires, deux bombardiers russes Soukhoï SU-34 ont pris une route peu habituelle. Alors que l’aviation russe concentre principalement ses bombardements sur les villes d’Idlib et d’Alep, dans le nord de la Syrie, les deux engins ont traversé une bonne partie du pays pour se diriger plein sud, dépassant Palmyre jusqu’à proximité de la frontière jordanienne.

Il a fallu les appels désespérés des «cibles» pour que le centre de commandement américain établi au Qatar se rende à l’évidence: l’objectif était la garnison de ceux qui se font appeler la Nouvelle armée syrienne, un groupe de combattants financé, équipé et entraîné par les militaires américains pour combattre l’organisation djihadiste de l’Etat islamique. En un mot: c’étaient «leurs hommes» que visaient directement les Russes.

Nez à nez avec des avions russes

Selon les bribes d’information fournies par les Américains, la suite est plus extravagante encore. Deux F/A-18 américains décollent d’un porte-avions basé en Méditerranée, jusqu’à se trouver nez à nez avec leurs collègues russes. Le chassé-croisé dure suffisamment longtemps pour que les chasseurs américains commencent à… manquer de kérosène. Même si la communication entre pilotes a été établie, à peine les Américains ont-ils le dos tourné que les avions russes prennent à nouveau le groupe pour cible, s’attaquant à ceux qui étaient venus secourir leurs collègues du premier raid.

Dès que les Américains nous ont transmis les informations, nos avions sont rentrés dans leur base.

La version de Moscou est passablement différente. «Regardez les cartes du pays! enjoint un diplomate russe. Cette région est largement considérée comme étant contrôlée par l’Etat islamique. Nous avons pris pour cible un camp d’entraînement qui se trouvait dans cette zone. Jamais, malgré tous nos contacts, les Américains n’ont évoqué la présence de ces troupes qui sont sous leur contrôle.» Vu de Moscou, pas de manque de kérosène, pas de second raid: «Dès que les Américains nous ont transmis les informations, nos avions sont rentrés dans leur base.»

Vidéoconférence «extraordinaire»

En tout état de cause, l’épisode a été jugé suffisamment grave par les Etats-Unis pour réclamer une vidéoconférence «extraordinaire» sur la question. Si l’affaire a été évoquée à Genève, au sein de la task force chargée de surveiller l’application d’une trêve en Syrie (aujourd’hui pratiquement inexistante), le dossier est remonté rapidement plus haut, en direction du Pentagone et du Ministère russe de la défense.

Lire aussi: Derrière les rideaux, Russes et Américains continuent de collaborer (avril 2016)

Voilà des mois, en réalité, que les Russes multiplient les appels du pied vers les responsables américains afin de «coordonner» plus étroitement les frappes des uns et des autres. Une perspective qui n’enchante guère les Américains tant, à leurs yeux, elle aurait le double inconvénient d’afficher une trop grande proximité avec la Russie et, surtout, d’exposer le détail de leurs activités sur le terrain.

Diplomates américains «dissidents»

Ce regain de tension entre Moscou et Washington a surgi tandis que le président Barack Obama doit faire face, chez lui, à une sorte de rébellion d’une partie du Département d’Etat. Une cinquantaine de diplomates, en lien direct avec le dossier syrien, ont en effet enjoint à la Maison-Blanche de se montrer plus «mordante» envers le président syrien Bachar el-Assad ainsi que son allié russe. Selon ces diplomates «dissidents», une plus grande implication militaire des Etats-Unis serait le seul moyen de convaincre le régime syrien de négocier sérieusement avec l’opposition.

«En réalité, note une source américaine, nous étions déjà pratiquement à couteaux tirés avec les Russes avant même cet épisode. Ce prétendu malentendu ne fait que confirmer l’état réel de nos relations.»

Au-delà d’un possible «malentendu», Russes et Américains, par combattants, milices et groupes rebelles interposés, ont désormais lancé une sorte de course pour venir à bout (au moins à court terme) des principaux bastions de l’Etat islamique. C’est le cas actuellement dans le nord de la Syrie, autour de la ville de Manjib et, au-delà, de Raqqa, la «capitale» syrienne de l’Etat islamique.

Dans cette optique, les quelque 300 combattants de la Nouvelle armée syrienne représentent-ils un danger en vue d’une possible offensive vers la ville de Deir ez-Zor, elle aussi entourée par l’Etat islamique? Serviraient-ils, aux yeux des Américains, à rendre moins facile un «triomphe» des Russes et de l’armée syrienne contre l’Etat islamique, à l’image de leur victoire très médiatisée à Palmyre? D’une certaine manière, ce sont bien les combats de l’après Etat islamique qui ont commencé à la frontière jordanienne.

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