Europe

Entre Theresa May et l’UE, une confiance rompue

Les ultimes délais accordés par les Vingt-Sept à la première ministre britannique prouvent que la confiance dans sa capacité à accoucher d’un accord n’est plus au rendez-vous. La Chambre des communes est prévenue

Une alternative claire sinon rien. En accordant à Theresa May un nouveau délai pour en finir avec l’infernal feuilleton du divorce entre le Royaume-Uni et l’UE à quelques jours de la date butoir initialement prévue du 29 mars, les dirigeants des vingt-sept autres Etats membres ont dégagé l’horizon. Quitte à pousser Londres vers un «no deal».

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La première ministre britannique, priée de consulter à nouveau la Chambre des communes dans les prochains jours, se retrouve le dos au mur: en cas de troisième refus par les députés de l’accord négocié depuis deux ans avec Bruxelles, elle aura l’obligation de présenter à ses partenaires une «alternative claire» avant le 12 avril. Faute de quoi le Royaume-Uni tombera dans le précipice d’un Brexit sans accord. C’est-à-dire dans une situation de pays tiers sans garantie aucune pour ses entreprises et ses citoyens, poussés hors de la Communauté et du grand marché européen.

L’habileté des Européens est d’avoir, lors de ce sommet bruxellois de la dernière chance, mis l’ensemble de la classe politique britannique au pied du mur. Contrairement au sommet calamiteux de décembre 2018, lors duquel Theresa May avait été malmenée par ses partenaires furieux de la voir agiter ses «lignes rouges» sans apporter la moindre contrepartie, les débats de jeudi ont pris au mot la locataire du 10 Downing Street. Celle-ci avait, par courrier, demandé à ses pairs un report de la date butoir du Brexit au 30 juin. Réponse? Un refus – motivé par la tenue des élections européennes du 26 mai et l’impossibilité de les organiser sans connaître le statut final du Royaume-Uni – compensé par un donnant-donnant.

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Calcul subtil

Si Theresa May parvient – comme elle promet d’être en mesure de l’obtenir – à faire voter dans la semaine à venir par la Chambre des communes l’accord négocié avec l’UE (complété par des garanties juridiques acceptées par les Vingt-Sept sur la frontière nord-irlandaise), les autorités britanniques auront jusqu’au 22 mai pour adopter la législation permettant sa mise en œuvre. La nouvelle relation du Royaume-Uni avec l’UE sera donc inaugurée quelques jours avant l’élection du Parlement de Strasbourg. L’accalmie sera au rendez-vous et les discussions pourront s’ouvrir sur l’avenir à long terme du partenariat entre Bruxelles et Londres. Chacun, après la tragicomédie de ces derniers mois, pourra s’estimer gagnant: la majorité de députés ayant permis d’éviter le pire, la première ministre enfin victorieuse et les Vingt-Sept fiers d’avoir tenu bon sans fâcher irrémédiablement les Anglais.

Au cas où ce scénario positif n’aboutirait pas – beaucoup le craignent –, l’UE aura aussi réussi à renvoyer la balle de l’autre côté de la Manche. Le gouvernement britannique et la Chambre des communes auront en effet jusqu’au 12 avril pour proposer une «alternative crédible» à l’accord refusé, faute de quoi le divorce sans accord deviendra réalité. Le calcul est subtil, car il fait peser la responsabilité ultime du «no deal» sur les «brexiters», désormais prévenus des conséquences de leurs actes. Les Européens, en restant ouverts à une «alternative», obligent aussi les députés de Westminster à se conformer à leur vote. Puisqu’ils se sont prononcés contre un «no deal» le 13 mars (par quatre voix de majorité), ceux-ci doivent proposer la solution pour en sortir. L’UE jugera sur pièces pour accorder, ou non, un nouveau report.

La rupture de confiance entre les Vingt-Sept et Theresa May était devenue le serpent de mer du Brexit, compte tenu des multiples revers essuyés par cette dernière. La voici maintenant officialisée, et dépassionnée. «A défaut, nous constaterons la sortie du Royaume-Uni sans accord. Cela démontrera que proposer le rejet de l’Europe aux citoyens sans projet mène à l’impasse», a asséné Emmanuel Macron. A Londres d’assumer l’entière responsabilité de cette impasse. En sachant que le Royaume-Uni déboussolé peut aussi décider, in extremis, de réintégrer unilatéralement l’Union.


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