Turquie

Entre Washington et Ankara, les missiles de la discorde

Membre de l’OTAN, la Turquie vient de recevoir des missiles de fabrication russe. «Incompatible», selon Washington

Aussi bien les stratèges de l’OTAN que ceux du Pentagone se sont mis d’accord sur un terme: «Incompatible.» Alors que la Turquie est, depuis 1952, une pièce maîtresse de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), l’achat d’un système de missiles antiaériens russes est «incompatible» avec la raison d’être de cette alliance. Pourtant, ces missiles, dont la Turquie avait décidé de se doter il y a deux ans, ont commencé à arriver en fin de semaine dernière. Une livraison d’autant plus «incompatible» aux yeux des Américains, en réalité, que les Etats-Unis considèrent ces missiles comme une atteinte à leur propre sécurité et que Washington menace ainsi la Turquie de sanctions, conformément à son dispositif concernant la Russie.

Le contrat se monte à quelque 2,5 milliards de dollars. Après avoir frôlé le pire à la frontière syrienne (les forces turques avaient abattu un avion russe en 2015), la Turquie et la Russie ont scellé leur rapprochement deux ans plus tard, en dotant la Turquie d’un système de missiles S-400, présentés par la Russie comme le nec plus ultra en matière de défense antiaérienne. Autant à Washington qu’à Bruxelles, au siège de l’OTAN, on a mis longtemps à croire que cet accord serait suivi d’effets. Mais le premier lot de missiles a finalement été livré à la Turquie, en coïncidant avec les cérémonies qui marquaient le 3e anniversaire du putsch manqué du 15 juillet 2016.