Les jours où la Suisse livrait des avions Pilatus à la junte militaire birmane qui les transformait et les utilisait pour tirer sur les Karen, tribu insoumise dans le nord-est du pays, sont du passé. Tout comme la période où une multinationale suisse de lingerie exploitait un site de production sur un terrain de l’armée.

Une nouvelle ère a commencé depuis deux ans. Le pays s’ouvre politiquement et économiquement. Pour les investisseurs étrangers, c’est la ruée. «Pas moins de 65 missions commerciales de grands pays ont été menées en Birmanie depuis le début de l’année», explique Barbara Möckli-Schneider, responsable de la division Myanmar à la Chambre de commerce Suisse-Birmanie. Dès ce vendredi, elle dirige en personne une délégation d’une trentaine de représentants de petites, moyennes et grandes entreprises suisses, toutes branches confondues, dans la capitale économique birmane. «Nous allons rencontrer des responsables politiques et économiques, poursuit-elle, enthousiaste. L’intérêt est là et ce pays nous offre des opportunités illimitées. Notre première mission en novembre 2011 était déjà un grand succès.»

Prudence

Barbara Möckli-Schneider entrevoit des opportunités dans tous les domaines: infrastructures, alimentation, finance, hôtellerie, énergie, mines. «Les hommes d’affaires birmans réclament vivement des offres de marchandises et des services autres que chinois», rapporte-t-elle. Ses interlocuteurs veulent aussi que les entreprises suisses participent au succès de deux manifestations internationales que le pays s’est engagé à organiser: les Jeux de l’Asie du Sud-Est en 2013 et le Sommet de l’Asean en 2014. L’Aéroport de Zurich s’intéresse au projet de construction d’un nouvel aéroport à Rangoon.

En réalité, plusieurs entreprises suisses ont déjà pignon sur rue, notamment dans le tourisme, la logistique et le commerce. D’autres sont présentes par le biais de partenaires locaux, un moyen de contourner l’embargo jusqu’à il y a peu. «L’ambassade suisse à Bangkok avait aussi mis en place l’Informal Swiss Myanmar Business Network qui permettait aux entreprises suisses d’échanger des informations sur le pays», explique Terence Billeter, responsable de la section Asie au Secrétariat d’Etat à l’économie.

Si les entreprises suisses lorgnent sérieusement vers la Birmanie, un marché de 60 millions de consommateurs et source de matières premières minières, la Confédération suit le mouvement avec prudence. Elle est certes parmi les premiers pays à ouvrir une ambassade. Mais sur le plan économique, tout reste à faire. «Nous ne voulons pas nous précipiter. Nous regardons si les tendances se confirment, déclare Terence Billeter. Dans ce cas, nous pourrions être plus actifs dans ce pays. On peut cependant relever que la Suisse a été relativement rapide à ouvrir son ambassade sur place.»

L’OSEC a la même approche. «Nous ne faisons pas, pour le moment, de promotion active, explique son porte-parole Patrick Djizmedjian. Tout en aidant les entreprises qui s’y intéressent, Nous observons le développement et nous irons si le processus est positif.»