La Toile francophone

Les épargnants payeront la note de la crise financière

Après avoir sauvé les banques et dépensé des milliards pour la relance, les Etats vont faire payer une partie de l’addition, indirectement, aux citoyens. Exemples en France et en Belgique.

«Les déficits et les dettes explosent», annonce laconiquement La Dépêche à propos du projet de budget français pour 2010. Le journal ajoute: «Si les entreprises s’en sortent bien, les ménages risquent de faire les frais du cru 2010.» Abordée dès mardi 20 octobre par l’Assemblée nationale, la loi de finances risque de provoquer des débats houleux – et de nouvelles tensions entre l’UMP et le gouvernement, voire au sein même de la majorité.

A propos de la taxe carbone, l’une des innovations voulues par l’exécutif, La Dépêche note encore: «Même si le gouvernement assure qu’elle sera intégralement remboursée aux Français, ils auront d’autres raisons de s’inquiéter pour leur pouvoir d’achat.» En citant des restrictions du bonus automobile ou des crédits pour la rénovation d’immeubles, et, «cerise sur le gâteau: désormais les ménages devront payer l’impôt sur le revenu sur l’intégralité de leurs indemnités de départ en retraite, auparavant partiellement exonérées.»

Ayant volé au secours des banques, puis lancé de coûteux plans de relance, les Etats dressent à présent l’addition de ces mesures aux montants exponentiels. La France s’illustre par sa divergence avec les autorités de l’UE quant à la nécessité, ou non, de laisser filer les déficits – 8,5% du PIB prévus dans l’Hexagone pour 2010, contre 3% selon les critères européens. Une synthèse de Reuters développée par le Nouvelobs.com avertit: «Le débat devrait prendre une tournure plus médiatique dès la mi-novembre, date à laquelle l’exécutif communautaire a prévu de transmettre à quatre pays – la France, l’Espagne, l’Irlande et la Grèce – une évaluation des efforts déjà réalisés en 2009 et une feuille de route pour 2010 et 2011.»

Dans un éditorial, Le Monde ajoute: «Le problème est que l’Europe ne fait pas confiance à Paris pour mener une politique plus orthodoxe avant la présidentielle de 2012 – et les déficits publics, utiles et plus que légitimes en pleine bourrasque, pourraient rapidement devenir un fardeau, voire, selon certains, être à l’origine de la prochaine crise économique.»

La Croix, pour sa part, a des exemples: «Plusieurs gouvernements voisins semblent avoir opté pour la rigueur: baisse des dépenses publiques de 20% aux Pays-Bas, hausses d’impôts et de la TVA en Espagne, tandis qu’en Grande-Bretagne gouvernement et opposition se livrent à une surenchère sur des projets de coupes budgétaires et de nouvelles taxations.»

A propos de nouvelles taxes, un amendement déposé à l’Assemblée nationale prévoit une hausse de la fiscalité des banques, manière de servir l’Etat qui les a sauvées. Idée rejetée par la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi Christine Lagarde, qui explique aux Echos: «Il n’est pas question de prendre une mesure à caractère national qui plomberait le système bancaire français, qui s’est bien comporté pendant la crise. Cela ne veut pas dire qu’aucun effort n’est demandé aux banques. Je rappelle qu’elles ont payé pour les aides que l’Etat leur a apportées. En revanche, je réfléchis aux moyens de mettre à leur charge le coût d’une supervision bancaire renforcée et d’une meilleure protection des usagers des banques.»

Demander une contribution aux établissements financiers constituerait pourtant «le «juste prix» de l’aide apportée par l’Etat au secteur pendant la crise», dit un parlementaire au Télégramme. Mais si la mesure venait à être confirmée, ce sont les clients-épargnants qui, in fine, finiront par payer les pots cassés, relève ce journal: «La morale de l’histoire est dans l’ordre des choses: quand les banques flambent derechef, les consommateurs payent encore.»

Presser un peu le citron bancaire, voilà justement l’une des options envisagées par le gouvernement fédéral belge. A Bruxelles, la présentation du budget, la semaine dernière, a suivi la tenue d’une déclaration de politique générale par le premier ministre Herman Van Rompuy. Les banques feront l’objet d’une «contribution récurrente», de 220 millions d’euros pour l’année prochaine, puis 540 millions dès 2011.

Le journal économique L’Echo raconte que «cette intervention élevée, l’Etat la justifie par le fait qu’il devient l’assureur des banques, il leur donne la garantie d’intervenir en cas de crise». Parmi les réactions suscitées par les nouvelles mesures, le site du journal mentionne celle des défenseurs des consommateurs: «Test Achats se dit vigilant face aux mesures gouvernementales budgétaires. Par rapport à la contribution du secteur bancaire, Jean-Philippe Ducart [porte-parole de l’association, ndlr] précise qu’il est possible que ce soit une nouvelle fois l’épargnant qui casque, ajoutant certes que toutes les banques ne seront pas concernées de la même manière. «Les grandes banques vont payer plus que d’autres. Néanmoins, il est injuste que les banques qui n’ont pas fait appel à l’aide d’Etat soient pénalisées», ajoute-t-il. Si l’heure est à l’analyse, Ducart indique d’ores et déjà que rogner davantage sur les taux d’épargne est impossible vu leurs taux plancher. Toucher au crédit ne sera pas une solution; le crédit hypothécaire, le produit crédit le plus répandu, est pour les banques un produit d’appel.»

Dans un éditorial joliment titré «Ne leur dites pas qu’on a fait un budget d’austérité», Le Soir indique: «Aussi le gouvernement d’Herman Van Rompuy a-t-il décidé d’imposer son budget d’austérité en «stoemelings» [en catimini, ndlr], appliquant une stratégie qu’il est permis de résumer ainsi: on ne taxe pas le citoyen, mais on taxe les entreprises qui taxeront le citoyen. Car il ne faut pas se faire d’illusion: ni les banques, ni les producteurs d’électricité, que le gouvernement a sollicités pour près d’un milliard d’euros sur deux ans, ne sont devenus subitement des mécènes des finances publiques. Plusieurs banques ont d’ailleurs déjà annoncé qu’elles répercuteraient la piqûre sur leurs clients.»

Voilà qui est peu encourageant pour les épargnants. Est-ce un scandale? Oui, dit, Le Soir, mais un scandale «pardonnable»: «A trop critiquer Herman Van Rompuy pour ce budget d’austérité déguisé en cadeau de Noël, on en oublierait presque l’essentiel: la Belgique a un budget. Ce n’était plus arrivé depuis longtemps.» Évidemment, à cette aune…

Chaque vendredi, une actualité de la francophonie dans «La Toile francophone», sur www.letemps.ch

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