Les avertissements continuent de pleuvoir. «Nous n'accepterons pas de laisser violer la souveraineté géorgienne à Genève. Une force d'interposition internationale doit remplacer l'armée russe en Abkhazie et en Ossétie du Sud», assène, dans son bureau de la rue Chitadze, le vice-ministre des Affaires étrangères, Giorgi Bokeria. Mais le ton a changé. Moins catégorique. Plus conscient de la gravité du défi posé, en août, par l'avancée des troupes russes vers Tbilissi. «Nous écouterons, nuance ce proche du président Mikhaïl Saakachvili. Nous savons que l'heure est grave.»

La question, en effet, n'est pas seulement de savoir si, mercredi matin, la délégation géorgienne acceptera de s'asseoir à côté des représentants abkhazes et sud-ossètes, bien décidés à s'inviter. Officiellement, Tbilissi continue d'exiger une représentation de toutes les communautés vivant dans les républiques séparatistes avant le 8 août.

Grogne interne

Le test des pourparlers genevois - qui démarreront par un dîner ce soir entre le secrétaire général de l'ONU, les représentants de l'UE, de l'OSCE et des Etats-Unis - est aussi un enjeu domestique. Malgré l'union nationale anti-russe et des sondages favorables au pouvoir, la grogne monte. L'opposition se réunit aussi mercredi. Objectif: rameuter un million de manifestants le 7 novembre, un an après l'assaut de la police contre l'ex-chaîne de télévision privée Imedi, devenue depuis pro-Saakachvili.

Certaines failles sont alimentées de l'extérieur. Bien que l'administration Bush demeure une fidèle alliée du président, plusieurs de ses opposants, dont son rival à la dernière présidentielle Levan Gachechiladze, se sont rendus en septembre à Washington. Visites au département d'Etat et au Congrès, les anti-«Misha» ont été soignés. De plus en plus de voix prédisent d'ailleurs un avenir prometteur à l'actuel ambassadeur de Géorgie à l'ONU, Irakli Alassania, réputé «ne pas être l'homme de Saakachvili».

Remaniement?

«Le besoin de personnalités plus indépendantes et plus expérimentées est criant», juge, à Tbilissi, le journaliste Michael Vignanski, très critique de l'autoritarisme de l'équipe gouvernementale, dont l'âge moyen ne dépasse pas 35 ans. Un remaniement est dans l'air. «Tout ce qui n'est pas de l'attentisme cynique, version soviétique, est bienvenu», confirme, avec force gestes, Giorgi Bokeria, attendu à Genève. «La Géorgie tout entière a été ébranlée par le conflit. Et nous savons que, en démocratie, rien n'est garanti.»

Un changement de priorités est aussi probable. Installé ces jours-ci dans le port de Batoumi, loin de Tbilissi, Mikhaïl Saakachvili sait qu'après avoir été l'enfant chéri de l'Occident dans la foulée de la révolution des Roses, fin 2003, sa personnalisation du pouvoir, son nationalisme, la répression et sa mainmise sur l'audiovisuel sont aujourd'hui dans le collimateur. D'où ses promesses pour une plus grande indépendance de la justice, et l'accent mis sur la reconstruction des infrastructures et de l'économie. Avec, en ligne de mire, la conférence des donateurs pour la Géorgie, le 22 octobre à Bruxelles.

Quelque 500 millions d'euros ont été promis par l'Union européenne; 80 millions de dollars par la Banque mondiale; 1 milliard pourrait être débloqué par Washington. Entre ce «magot» et l'espoir mis par les Occidentaux dans le processus de Genève, la voie est étroite pour «Misha» et les siens.