Au moins 43 prisonniers sont morts lors d’affrontements entre bandes rivales, lundi, dans une prison d’Equateur, d’où une centaine d’autres détenus ont pu s’évader à la faveur des violences, a annoncé le bureau du procureur général sur son compte Twitter. Le ministre de l’Intérieur, Patricio Carrillo, a annoncé 41 morts lors d’une conférence de presse.

«Treize personnes ont été hospitalisées, dont plusieurs sont gravement blessées, il est possible que le nombre (de décès) augmente», a commenté Patricio Carrillo.

Ces violences ont eu lieu dans la prison de Bellavista, dans la province de Santo Domingo de los Tsachilas, environ 80 km à l’ouest de Quito.

Sur place, des blessés portant des plaies au visage étaient pris en charge par des ambulances et des proches de détenus se pressaient autour du centre pénitentiaire pour tenter d’obtenir des informations, a constaté l’AFP.

Une évasion massive

Selon le chef de la police équatorienne, «les assaillants ont agi avec une grande cruauté», tandis que les violences ont été suivies d’une évasion massive.

Si les autorités n’ont donné aucun chiffre sur le nombre total d’évadés, 112 d’entre eux ont pu être «recapturés», mais 108 étaient toujours «portés manquants» lundi dans l’après-midi, selon le chef de la police, le général Fausto Salinas. «250 policiers, 200 militaires et des renforts supplémentaires sont en route», a-t-il détaillé.

Lire aussi: L’Equateur va gracier 5000 prisonniers pour désengorger les prisons

D’une capacité de 1200 places, la prison de Bellavista accueille actuellement 1700 prisonniers.

«C’est le résultat regrettable de la violence des gangs», a déploré de son côté sur Twitter le président Guillermo Lasso, en tournée en Israël. Il a adressé ses «sincères condoléances aux familles» des personnes décédées.

Des affrontements entre gangs

Les affrontements entre membres de deux bandes rivales, les «Loups» et les «R7», ont éclaté vers 3h du matin, a indiqué le ministre, provoquant le déclenchement des «protocoles de sécurité» pour contenir les «troubles à l’ordre» dans la prison. «La majorité des victimes, si ce n’est presque 100%, ont été tuées avec des couteaux, et non avec des armes à feu», et «leurs cadavres mutilés laissés sur place».

«Ils ont été exécutés dans les salles communes, dans les cellules», puis «il y a eu une tentative d’évasion massive» avec usage d’armes à feu, a reconnu Patricio Carrillo. «Ceux qui sont autorisés à se déplacer entre les différents blocs au sein de la prison sont vraisemblablement ceux qui sont derrière ce massacre», a-t-il estimé, évoquant un «scénario identique à celui du 28 avril dans la prison d’El Turi, où des membres des 'Loups' avaient déjà affronté des 'R7'». Quelque 20 prisonniers y avaient trouvé la mort, là aussi la plupart mutilés à l’arme blanche.

Les affrontements, souvent d’une extrême violence, sont récurrents dans les prisons équatoriennes, où près de 350 détenus ont trouvé la mort depuis février 2021. Selon le gouvernement, des gangs rivaux de trafiquants de drogue, infiltrés ou contrôlés par des cartels mexicains, se livrent une guerre sans merci pour prendre le contrôle des prisons surpeuplées, guerre que les autorités ont été jusqu’à présent impuissantes à endiguer.

Dernier événement en date: Au moins 20 morts lors d’une émeute dans une prison en Equateur

Pour Daniel Ponton, doyen de l’Ecole de sécurité et de défense de l’Institut des hautes études nationales (IAEN), la «politique de relocalisation» des détenus les plus dangereux, exfiltrés des grandes prisons, serait à l’origine de cette flambée de violences dans des établissements pénitentiaires jusque-là «relativement calmes», qui pourrait avoir pour conséquence une «inquiétante généralisation du problème». L’évasion de nombreux prisonniers indique également qu’il s’agit «d’une prison de faible sécurité», et donc «extrêmement vulnérable».