Turquie

«Erdogan cherche à se victimiser. La Suisse n’est pas tombée dans le piège»

Journaliste turc en exil, Yavuz Baydar pense qu’interdire les meetings électoraux du président turc est contre-productif

Invité vendredi au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), le journaliste turc Yavuz Baydar salue la décision de la Suisse de ne pas interdire les meetings électoraux du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc vise à renforcer ses pouvoirs grâce à un référendum convoqué le 16 avril prochain. Ses ministres tentent de convaincre la diaspora turque, y compris en Suisse.

A l’instar de l’Allemagne, le Conseil fédéral n’a pas interdit par principe ces meetings électoraux, même si les partisans d’Erdogan ont toutes les peines à trouver des salles pour les accueillir. Les gouvernements autrichien ou néerlandais sont, eux, beaucoup plus réticents.

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Des interdictions qui profitent à Erdogan

«Le pouvoir turc joue avec la liberté en Europe. Erdogan cherche à se victimiser. La Suisse n’est pas tombée dans le piège. Chaque interdiction joue en sa faveur. Les Européens devraient être conscients de cette stratégie», explique Yazuz Baydar, qui appelle toutefois ses compatriotes à manifester contre les meetings d’Erdogan à l’étranger.

Ce journaliste a fui la Turquie quelques jours après le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016. «Une semaine plus tard, j’ai reçu un SMS de mes voisins: la police était venue pour m’arrêter. J’ignore quelles sont les charges. Personne ne le sait, car la Turquie vit sous le régime de l’état d’urgence», raconte-t-il.

«La plus grande prison pour journalistes»

La Turquie est la «plus grande prison pour les journalistes», selon Reporters sans frontières et le Comité de protection des journalistes. Entre 80 et 140 professionnels de l’information ou bloggers seraient derrière les barreaux, selon les estimations des deux ONG.

«Le régime turc ne peut pas emprisonner tous les journalistes. Plus de 17 000 personnes ont une carte de presse. Ces dernières années, plus de la moitié d’entre elles ont été licenciées», poursuit Yavuz Baydar. Lui a perdu son emploi de médiateur dans le quotidien pro-gouvernemental Sabah en 2013. Il a ensuite fondé une plateforme pour défendre le journalisme indépendant.

La majorité des médias au service de l’Etat

Yazuz Baydar avait reproché à son journal d’ignorer les protestations à Istanbul contre la destruction du parc Gezi. Elles s’étaient ensuite étendues dans tout le pays, contre le gouvernement. «C’était le point de départ de la répression contre la presse, auparavant relativement libre. Aujourd’hui, à part de rares exceptions, tous les médias sont au service de la propagande d’Etat», dit le journaliste. D’où son pronostic: «Il serait étonnant qu’Erdogan perde son référendum qui consacrera l’autocratie en Turquie».


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