Le jour décline tôt, l’automne, dans l’est de la Syrie. Dans les faubourgs poussiéreux de Qamichli, la plus grande ville kurde du pays, la nuit s’est annoncée au milieu de l’après-midi. Et, avec elle, une menace insidieuse, bruyante mais invisible.

Le jeudi 10 octobre, dans le quartier d’Anterieh, les premiers échos de la guerre se sont fait entendre vers 15h. D’abord un bruit sourd qui retentit, venu du nord, de la Turquie toute proche. Une munition vient d’être tirée. Les rares passants, dont les ombres s’allongent sur des rideaux métalliques tirés prématurément, restent suspendus un moment, semblant compter les secondes avant l’impact. La munition est tombée. Un adolescent convertit son sursaut naissant en un bref fou rire. Pas très loin. Pas trop près. On est encore en vie.