Paris

Eric Linder: «Je me suis jeté au sol, je ne savais pas d'où venaient les tirs»

Musicien genevois et co-directeur du festival Antigel, Eric Linder - Polar, de son nom de scène - était à quelques mètres du Bataclan pendant l'attaque des terroristes. retranché dans une allée voisine, il a été le témoin de «scènes de guerre»

Eric Linder est sous le choc. Vendredi soir, de passage à Paris où il réside par intermittence, le musicien genevois et co-directeur du festival Antigel a côtoyé l'horreur, à quelques mètres du Bataclan, assiégé par les terroristes. Retranché dans une allée voisine avant d'être évacué du périmètre de sécurité par la police, ce n'est que de longues minutes après le drame qu'il a pris la mesure de ce qui se passait dans la capitale.

Joint par téléphone samedi, il raconte: «Je vis à 300 mètres du Bataclan. En sortant de chez moi pour aller manger dans le Marais, je suis passé devant la salle de spectacle, et je me suis arrêté devant l'affiche d'EODM, le groupe qui jouait vendredi. Je me suis dit que si j'avais su qu'ils jouaient, j'y serais bien allé. Mais sachant que c'était sold out, j'ai poursuivi mon chemin.»

Le ventre plein, il rentre chez lui en empruntant une ruelle adjacente à la salle de spectacle. «Je suis passé par le passage Saint-Sébastien, parallèle au passage Saint-Pierre Amelot, où se trouve l'issue de secours du Bataclan. C'est là que j'ai entendu des coups de feu. J'ai débouché quasiment devant le Bataclan, sur le Boulevard Richard Lenoir. J'ai vu des gens courir, hurler, des gens blessés et les coups de feu continuaient. J'ai compris plus tard que c'étaient les gens qui fuyaient le Bataclan par le passage Amelot. Pris de panique, je me suis jeté au sol. Je ne savais pas d'où venaient les tirs. Je suis resté allongé un moment.»

«Ce que j'ai vu était horrible»

Etourdi, déboussolé, Eric Linder se relève et pique alors un sprint pour se mettre à l'abri. «J'ai couru jusqu'à la rue Oberkampf, où j'ai trouvé une allée dans laquelle on m'a laissé entrer.» De sa cachette, le musicien voit arriver les voitures de police, les ambulances. Il entend l'assaut, surtout: «Il y a d'abord eu de nouveaux coups de feu. Des rafales serrées, et des tirs plus espacés. Comme s'il y avait plusieurs types d'armes. Puis des explosions. Au moins deux, peut-être trois ou quatre.»

Après une longue attente, la police arrive jusqu'à l'allée où s'est retranché le chanteur avec d'autres personnes. Les forces de l'ordre les évacuent du périmètre de sécurité. «Ce que j'ai vu là était horrible. Une situation de guerre, purement et simplement. Il y avait des ambulances, des corps, des gens hagards, qui cherchaient leur amis. Et des blessés partout, enveloppés dans des couvertures chauffantes.» Eric Linder se dirige vers chez lui et s'engouffre dans un bar, où les clients sont rivés devant les informations télévisées. «Ce n'est qu'à ce moment-là que j'ai découvert l'ampleur de ce qui se passait à Paris. Jusque-là, portable déchargé, je ne savais rien.»

Samedi après-midi, Eric Linder ne sait «toujours pas quelle émotion ressentir». «Je suis épuisé, et un peu perdu pour tout dire, confie-t-il. Avoir assisté à tout cela, avoir vu et entendu tout cela en vrai, c'est surréaliste.»

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