L'«affaire russe» ne s’est pas tarie avec la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en marge du G20. Bien au contraire. Scruté par toute la classe politique, Donald Trump savait qu’il devait évoquer l’ingérence russe dans la présidentielle américaine, histoire de tenter de laver tous soupçons de collusion. Il l’a fait à deux reprises, «fermement», assure-t-il. Mais du côté russe, la version est quelque peu différente: Vladimir Poutine a catégoriquement nié toute implication et Donald Trump n’aurait pas bronché.

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Les critiques ont été si vives que Reince Priebus, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, a publiquement déclaré que la version du ministre russe des Affaires étrangères était «fausse», et que «Donald Trump n’a absolument pas donné de crédit aux négations de Vladimir Poutine». Nikki Haley, ambassadrice américaine auprès des Nations unies, s’est elle aussi exprimée, en soulignant que la Russie cherchait «à sauver la face» mais que «tout le monde sait qu’elle est intervenue dans nos élections».

Et puis, dans cette cacophonie du week-end, il y a eu les déclarations à propos d’une unité de cybersécurité qui ont pris tout le monde de court. Sur Twitter, le président américain, qui affirme vouloir désormais travailler «de manière constructive» avec le Kremlin, a annoncé vouloir créer avec son homologue russe une unité de cybersécurité chargée de détecter et d’empêcher d’éventuelles ingérences dans les prochaines élections. Bien des républicains se sont pincés en découvrant le message. «Être partenaire avec Poutine sur une unité de cybersécurité, c’est comme coopérer avec le président syrien Bachar al Assad sur une unité Armes chimiques!», a ironisé le sénateur républicain Marco Rubio. Sur la chaîne CBS, son collègue John McCain a lâché: «Je suis sûr que Vladimir Poutine pourrait être d’une grande aide dans cette initiative, dans la mesure où c’est lui qui pirate».

Rencontre avec une avocate russe

Dimanche soir, Donald Trump s’est rétracté dans un surprenant tweet: «Le fait que le président Poutine et moi avons discuté d’une unité de cybersécurité ne signifie pas que je pense que cela peut se faire. Cela ne peut pas se faire. Mais un cessez-le-feu, si». Une manière de se contredire lui-même. Il espérait calmer ainsi les vives réactions et étonnements provoqués par son premier tweet, il n’a fait que les raviver. Surtout, Donald Trump met en lumière ses errements face à Vladimir Poutine. Son tweet donne l’impression qu’il ne sait plus sur quel pied danser la Khorovod.

Donald Trump préfère mettre en avant le dossier syrien et le cessez-le-feu convenu entre les deux dirigeants. A propos des sanctions contre la Russie, «rien ne sera fait tant que les problèmes ukrainien et syrien ne seront pas résolus», a-t-il lancé, dans un élan de fermeté.

Entre deux tweets, de nouvelles révélations sur les liens entre son entourage et les Russes sont tombées. Cette fois, c’est le fils aîné, Donald Trump Jr., qui est dans le collimateur des médias. Selon le New York Times, il aurait pendant la campagne présidentielle, en juin 2016, rencontré une avocate proche du Kremlin censée lui fournir des «informations embarrassantes» sur la rivale démocrate, Hillary Clinton. Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, était présent, tout comme Paul Manafort, à l’époque directeur de campagne.

Attaqué, Donald Trump Jr. a réagi par voie de communiqué. Natalia Veselnitskaya, avoue-t-il, prétendait bien «avoir des informations sur des personnes liées à la Russie qui finançaient le Comité national démocrate et qui soutenaient Mme Clinton». Mais, précise-t-il, elle n’avait au final pas d’information intéressante et aurait surtout trouvé un prétexte pour évoquer le dossier de l’adoption d’enfants russes par des couples américains. Il dit aussi qu’il ne savait rien des intentions de l’avocate avant de la rencontrer.

De son côté, Natalia Veselnitskaya nie avoir évoqué le moindre sujet en lien avec l’élection présidentielle et assure ne pas avoir été mandatée par le gouvernement russe. Cette nouvelle affaire embarrasse la Maison-Blanche et donnera du grain à moudre à Robert Mueller, le procureur spécial en charge de l’enquête censée déterminer la nature exacte des liens entre les proches de Donald Trump, le président lui-même et des Russes proches du pouvoir.

Dans cette partie de poker menteur, le président américain continue de souffler le chaud et le froid alors qu’il est en difficultés dans son propre parti: les républicains ne trouvent pas de consensus pour abroger l’Obamacare et s’entendre sur une nouvelle réforme de la santé, une de ses grandes promesses de campagne.