Les Islandais se sont réveillés mercredi en apprenant qu’une nouvelle éruption venait d’avoir lieu sous les 200 mètres de glace du glacier Eyjafjallajökull (littéralement le glacier des montagnes des îles, du fait de la proximité d’îles volcaniques au large des côtes toutes proches). L’éruption a lieu au sommet du volcan, dans le sud du pays, à 120 km environ de la capitale, Reykjavik.

La lave, qui sortait d’une fissure de 2 km environ, fut d’abord invisible. Mais la glace a commencé à fondre, des cheminées se sont formées, laissant s’échapper des nuages de vapeur et de cendres. La débâcle commençait, les eaux de fonte ont dévalé les pentes du volcan, grossissant les eaux du fleuve Markarfljot.

Des équipes de secours aguerries et parfaitement entraînées ont évacué les 700 personnes habitant à proximité – dans cette île grande comme deux fois et demie la Suisse et peuplée seulement de 320 000 habitants, la proximité signifiant un rayon d’au moins 20 kilomètres.

Les moutons et les chevaux furent consignés dans les bergeries et les écuries. Il fallut ensuite sauver la route N° 1, la seule qui relie les différentes régions du pays. Pour ce faire, il a été nécessaire de l’éventrer, afin que les flux ne rencontrent pas d’obstacle.

Les fermiers ont été autorisés jeudi à retourner nourrir leurs bêtes. Olafur Eggertsson, agriculteur à Thorvaldseyri, n’en croyait pas ses yeux en voyant les terres où il cultive du colza transformées en champ de boue. Mais aucune vie n’est en danger. Les Islandais ont l’habitude des éruptions, de leur fréquence et de leur imprévisibilité, et les zones les plus sensibles sont inhabitées.

Emissions toxiques en vue

Mais les nuages de cendres peuvent se révéler dangereux. Les services de la protection civile ont distribué hier des masques à gaz dans toute la zone. On recommande aux habitants de calfeutrer leurs fenêtres, et les asthmatiques sont priés de rester chez eux. Si l’éruption est de courte durée, il n’y a pas grand mal, mais si elle se poursuit, deux dangers menacent: le fluor contenu dans les cendres pourrait décimer le bétail. Plus grave encore, les produits toxiques contenus dans les cendres se dissolvent dans l’eau et risquent d’atteindre le cabillaud en pleine période de frai.

L’éruption du volcan sous l’Eyjafjallajökull fait suite à celle qui a eu lieu il y a quatre semaines, à proximité, et qui est aujourd’hui endormie. Elle était d’une puissance vingt fois inférieure et n’était pas accompagnée, comme celle d’aujourd’hui, de secousses sismiques (3 sur l’échelle de Richter).

Curieusement, la population islandaise a accueilli presque avec plaisir cette nouvelle éruption. Paradoxalement, les lignes aériennes intérieures ont fonctionné normalement, car partant d’Islande, les cendres sont circonscrites et non dispersées comme au-dessus de la mer du Nord.

Mais surtout, la population est actuellement ébranlée par un autre choc, qui ne se mesure pas sur l’échelle de Richter: celui créé par l’effondrement de son système bancaire, suivi de révélations nauséabondes sur les causes du krach. La gestion de l’éruption est, par contraste, un modèle d’organisation, de cohésion et de solidarité.