Le déploiement de navires de guerre européens au large de la Somalie relance à Bruxelles le débat sur la situation humanitaire catastrophique dans ce pays. «Peut-on se contenter de protéger les couloirs maritimes lorsque des millions de Somaliens sont abandonnés à leur sort par la communauté internationale?» interroge la socialiste portugaise Ana Gomes, vice-présidente de la Commission sécurité et défense du Parlement européen.

L'Union européenne a annoncé lundi l'envoi prochain de dix navires le long de la Corne de l'Afrique, une première dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense. Le but est d'appuyer l'opération Allied Provider de l'OTAN, décidée pour répondre à l'appel des Nations unies, dont la résolution 1816 du Conseil de sécurité du 2juin permet l'entrée de navires de guerre dans les eaux territoriales somaliennes. Trois navires de l'OTAN, le destroyer italien Durand de la Penne, la frégate grecque Themistokles et la frégate britannique HMS Cumberland patrouillent actuellement cette zone infestée de pirates, où quelque 63 navires ont été attaqués depuis le début de l'année.

Les dangers croissants de la piraterie au large de la Somalie ont été illustrés par l'abordage, le 25 septembre, du cargo ukrainien MV Faina avec, avec dans ses soutes 33tanks et une importante cargaison d'armes à destination du Sud-Soudan, via le Kenya. Les pirates, qui le détiennent avec son équipage, encerclés par des navires de la Veflotte américaine, refusent toujours de l'abandonner.

La question des escortes navales, réclamées à maintes reprises par le Programme alimentaire mondial (PAM), fait toutefois débat à Bruxelles. Alors qu'une délégation de parlementaires européens se trouve en visite en Erythrée, en Ethiopie et à Djibouti du 25 octobre au 2 novembre, des voix s'élèvent pour regretter le mutisme de l'UE à propos de la situation en Somalie, où le corps expéditionnaire éthiopien déployé fin 2006 avec le soutien des Etats-Unis cohabite avec un maigre contingent de 3000Casques bleus ougandais et burundais de l'Amisom. Les islamistes somaliens ont multiplié ces dernières semaines les attaques contre les troupes onusiennes et le conflit aurait fait plus de 10000 victimes civiles depuis un an. «Si le seul but de ces escortes navales est de protéger, outre les bateaux du PAM, les pétroliers et les chalutiers européens, nous paierons un jour le prix fort de notre inaction à terre», dénonce Ana Gomes.

Le déploiement naval européen n'a, en effet, pas qu'un but humanitaire dans ce couloir maritime parmi les plus fréquentés au monde. La France, qui est intervenue militairement à deux reprises depuis le début 2008 pour faire libérer des otages français - notamment ceux du voilier de luxe Le Ponant - en a fait une priorité de sa présidence de l'UE. L'Espagne, dont plusieurs thoniers ont été pris pour cible, a pour sa part œuvré pour que le Comité des transports du Parlement européen donne cette semaine son aval à l'opération. Plusieurs tankers géants et cargos ont aussi été attaqués, provoquant le forcing des compagnies d'assurances maritimes. «Cette intervention navale européenne n'a de sens que si elle s'intègre dans une opération plus globale de sauvetage de la Somalie, concède un responsable de la Commission à Bruxelles. Malheureusement, celui-ci n'est pas à l'agenda.»