Le nom d’une des agences de l’ONU – Stratégie internationale de prévention des catastrophes naturelles (Unisdr) – a été une fois de plus utilisé à son insu par des escrocs. «J’ai suivi toutes les procédures, le tout en ligne, en vue d’un engagement, raconte au Temps Barney Chipudi, météorologue et chargé de cours à l’Université de Harare. Mais, lorsqu’on m’a réclamé 2715 dollars pour un visa américain pour effectuer un stage de formation à New York, j’ai compris le piège. La somme devait être virée sur un compte en Chine.»

Le Zimbabwéen n’est pas le seul à être visé par des arnaqueurs qui abusent du nom de l’ONU pour soutirer des sommes d’argent. «Nous avons été récemment interpellés par des victimes chinoises, pakistanaises, malaisiennes ou sri-lankaises», admet un fonctionnaire onusien à Genève. Selon lui, il s’agit du même réseau professionnel d’origine africaine qui exploite les filons de la riche veuve cherchant à transférer sa fortune à l’étranger ou qui loue des appartements de vacances inexistants.

Pas d’enquête ordonnée

Ce n’est pas la première fois que l’ONU est confrontée aux escrocs qui font miroiter des emplois factices aux salaires et avantages mirobolants. Le Programme de l’ONU pour l’environnement (PNUE) et le Bureau de l’ONU pour les affaires humanitaires (OCHA) ont été récemment des victimes indirectes de faux recrutements. «Nous pensons prendre des mesures prochainement», déclare un porte-parole du PNUE, sans donner plus de détails. Une personne d’origine asiatique aurait déboursé une certaine somme dans l’espoir de décrocher un emploi prestigieux.

L’ensemble du système onusien compte 14 000 employés basés aux quatre coins de la planète. Le service de recrutement reçoit plusieurs dizaines d’offres de candidature spontanées chaque année. Il ne dispose toutefois pas de moyens pour contrer les escrocs, qui redoublent d’imagination. Aucune enquête sur l’origine des escroqueries à répétition n’a été ordonnée à Genève. «Etant donné que ces messages sont envoyés par l’intermédiaire de fournisseurs tiers, il n’y a pas grand-chose qui puisse être fait pour l’empêcher», déclare Corinne Momal-Vanian, directrice du Service de l’information de l’ONU à Genève. Nous avons arrêté d’envoyer des avertissements aux auteurs de ces escroqueries, dans la mesure où ils ont pu être identifiés, mais pas encore inquiétés. On a constaté qu’ils se servaient de nos en-têtes et peaufinaient leurs arnaques.» L’ONU a décidé de publier un avertissement sur son site internet avec une mise en garde à ceux qui postulent pour un poste: aucun paiement n’est réclamé durant les procédures de recrutement.

Carrière internationale

Les informations disponibles sur le Web montrent l’ampleur du phénomène. Les escrocs utilisent des papiers à lettres avec les emblèmes légèrement modifiés pour tromper les victimes. Ils inventent aussi des entités fictives comme «US Committee for UN» ou encore «United Nations Centre for Development Initiative». Par ailleurs, ils sont à l’œuvre depuis plusieurs années. «En 2010, lorsque le système onusien était en restructuration à cause de la baisse de contributions financières des Etats, ils ont fait miroiter des emplois fixes aux milliers de temporaires, se souvient un haut fonctionnaire. L’an dernier, ils ont visé des hauts cadres dans les pays émergents, sachant que ces derniers rêvent d’une carrière internationale.»

Le Zimbabwéen Barney Chipudi était de ceux-là. «Lorsqu’on m’a proposé un emploi à l’ONU dans un secteur où les perspectives étaient bouchées dans mon pays et qui pouvait me rapporter un bon salaire, je suis entré en matière les yeux fermés, avoue-t-il. J’y ai cru jusqu’au moment où ils m’ont demandé de l’argent.»